Œuvre

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi (2005)

Je tisse comme une araignée du ciel le fil qui relie les rêves et la réalité et dans ma toile j'embarque l'espoir absolu.
Le ciel est blanc comme l'intérieur d'un nuage, et les étoiles noires comme des trous d'encre.
Rien n'est plus ennuyeux que quelqu'un qui ne parle que de son boulot.
Le but du jeu pour moi, c'est de rester vivant malgré la mort.
C'est effroyable le bruit d'un coeur qui se casse. Comme un oeuf près à éclore écrasé par un bulldozer en porcelaine.
Le vent veut me caresser la peau, mais les circuits sont coupés. Je ne sens rien, je ne suis rien.
Est-ce que ça va mieux, est-ce que c'est léger comme une bulle de laisser son corps juste là, tel un vêtement abîmé que l'on ne peut plus porter ? C'est fini ce poids qui écrasait ton sourire ?
Quand ce sera mon tour de mourir, je voudrais m'évaporer. Je ne veux pas que quelqu'un que j'aime ait à choisir où m'enterrer et dans quelle boîte.
Quoiqu'il arrive, que je devienne un costaud ombrageux ou que je reste un genre d'épouvantail, jamais de la vie je ne veux devenir tiède.
Les livres sont des accessoires, non-accessoires pour se battre contre la nuit éternelle.
On avait peur et mal. Mais c'était rien à côté du vide qui nous a explosé silencieusement à la gueule avec le petit «c'est fini» de l'infirmière. Tout le monde avait peur. Peur que tu partes. Et maintenant que tu es partie, on a encore plus peur.
Je n'ai plus de sang, j'ai de la nuit dans les veines, noire et glacée.
Je ne suis même pas sûr de savoir encore comment ça marche de faire sortir des notes de musique de mon corps, maintenant que j'ai un trou dedans.
Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? de la nuit, des choses de ciel, du réconfort ?
Il te donnera à boire de sa sève, tu t'échapperas par ses racines et tu fleuriras en plein ciel.
J'enfouis mon ombre de géant dans le trou de mon coeur, sorte de machine à laver avec du sang à la place de l'eau et et de la peau à la place du linge. Temps de séchage : une vie entière.
Il y a bien les souvenirs mais quelqu'un les as électrifiés et connectés à nos cils, dès qu'on y pense on a les yeux qui brûlent.
Il y a de l'anesthésie sur les tartines. On en a mis partout, pour que personne n'explose.
Je crois que la mécanique de mes paupières est cassée, je ne peux plus les fermer. Les souvenirs surgissent, en boule.
On a ramassé les coeurs, on s'est tenus les uns aux autres avec la mécanique des bras, et on a quitté la chambre.
Je n'ai pas réussi à tordre les horloges, je n'ai pas réussi la magie, ni l'amour ni la médecine ni rien.