Œuvre
La Tête de l'emploi (2014)
Certains prénoms sont comme la bande-annonce du destin de ceux qui les portent. A la limite, Bernard pouvait être un film comique. En tout cas, avec un tel prénom, je n'allais pas révolutionner l'humanité.
Choisir un prénom est si difficile. Il ne s'agit pas non plus de mettre le paquet dans le sens inverse. Je suis toujours stupéfait qu'on appelle un enfant Ulysse ; imaginez si le pauvre se retrouve timoré à la vue de son ombre.
Il est toujours un peu risqué d'appeler sa fille Marilyn ou Lolita. C'est le genre de prénom qui ne laisse pas vraiment le choix ; on doit avoir la sensualité dans les veines.
On confère toujours d'étranges qualités aux silencieux, aux discrets. On peut même les juger insaisissables.
Je n'ai jamais rencontré quiconque qui soit capable de parler de ses parents de manière posée, honnête et juste.
Elle dit : J'ai besoin de réfléchir. Et tout le monde sait à quel point ce besoin de réflexion est mauvais signe. Quand une femme dit vouloir réfléchir, c'est tout réfléchi.
Certains sentiments sont des souterrains, et on ne peut rien prononcer dans cette pénombre de coeur. L'absence de quelque chose, ça ne veut pas dire que ça n'existe pas.
Je ne disais rien non plus de mon bonheur. Enfin, c'est sûrement un mot excessif. Je ne devrais pas dire bonheur, mais il manque un terme qui évoque le simple fait d'être bien. On pourrait dire bienheur.
L'attirance physique ne s'encombre pas de la morale. C'est comme ça.
J'avais oublié son anniversaire. Autant le dire tout de suite : dans la république du couple, cela mérite la peine capitale. Sans procès.
Se maintenir dans le bonheur est épuisant, alors qu'il n'y finalement aucun effort à fournir dans la chute. Mais ça ne pouvait pas durer, je devais affronter ma vie.
Dans la vraie vie, le temps de l'action est bouffi par les ratages, les longueurs, les impossibilités de trouver un taxi au moment où l'on voudrait foncer vers son destin.
Je n'allais tout de même pas refaire ma vie avec une femme parce qu'elle était allée deux fois à Rome dans sa vie et que j'aimais les lasagnes.
Madoff a écopé de 185 ans de prison. Je ne savais pas que cela était possible. Les Américains croient probablement en la réincarnation. Après sa mort, le bébé qui sera sa nouvelle incarnation naîtra directement en prison.