Œuvre

Interview Grazia, par Lise Martin Le 06 mars 2017

J'ai la possibilité d'être critique parce que je n'ai plus de responsabilité éditoriale.
Au point où j'en suis de ma vie et de ma carrière, je me sens, oui, assez libre
Nicolas Sarkozy a toujours envie de se remettre dans l'histoire quel que soit son interlocuteur et, finalement, de parler de lui à travers les autres.
Quand on interviewe au fil des jours, on est dans l'action, on la partage, même si on met le zoom plus ou moins près de l'événement ou de la personne. L'exercice de la chronique se fait aussi au jour le jour, mais il donne une distance que seule l'écriture permet.
La presse fait son métier, elle est un miroir, un amplificateur. Nous sommes passés d'une démocratie représentative à une démocratie d'opinion, puis d'émotion. Toute émotion, bonne ou mauvaise, est un déclencheur de réactions.
Dire que Trump, c'est le peuple, alors qu'il s'agit d'un milliardaire sexiste, raciste, homophobe... Lorsqu'il a été élu, j'ai ressenti l'inquiétude fondamentale qu'ont connue mes parents, mes grands-parents, face à un monde inconnu dans lequel il pouvait se passer n'importe quoi d'imprévisible, de dangereux.
Quand j'ai commencé en tant que journaliste, les femmes s'occupaient de consommation, d'éducation. Puis nous avons eu le droit d'entrer dans les sujets régaliens : la politique intérieure, étrangère, l'économie... J'ai bénéficié à ce moment-là d'une sorte de privilège de minorité : comme il y avait peu de femmes, les gens étaient plus attentifs, y compris les politiques, qui nous respectaient parce qu'on osait aller sur un terrain qui n'était pas balisé.
Depuis une quinzaine d'années, je trouve que le journalisme est devenu une des professions les plus égalitaires qui soient. Il y a eu les femmes reporters de guerre, et c'était très nouveau.
Aussi bon soit-on en tant qu'intervieweur, on est là pour obtenir quelque chose, on peut poser une question, la reposer, mais l'interlocuteur a le dernier mot. Et il faut le savoir.
Je pense qu'il faut savoir partir de soi-même. J'espère ne pas être à l'antenne jusqu'à 75 ans.