Œuvre
Changer l'eau des fleurs (2019)
J'adore rire de la mort, me moquer d'elle. C'est ma façon de l'écraser. Comme ça, elle fait moins son importante. En me jouant d'elle, je laisse la vie prendre le dessus, prendre le pouvoir.
Les jeunes, je préfère les connaître vivants, pénibles, bruyants, saouls, stupides, que voir des gens suivre leur cercueil, courbés par le chagrin.
Mais moi, j'étais pleine de silences qui hurlaient au fond de moi. Qui m'ont fait grossir, maigrir, vieillir, pleurer, dormir toute la journée, boire comme un trou, me cogner la tête contre les portes et les murs. Mais j'ai survécu.
Parler de toi, c'est te faire exister, ne rien dire serait t'oublier.
Ma grand-mère m’a appris très tôt comment cueillir les étoiles : la nuit il suffit de poser une bassine d’eau au milieu de la cour pour les avoir à ses pieds.
Tu grandiras autrement, dans l'amour que je te porterai toujours. Tu grandiras ailleurs, dans les murmures du monde, dans la Méditerranée, dans le jardin de Sasha, dans le vol d'un oiseau, au lever du jour, à la tombée de la nuit, à travers une jeune fille que je croiserai par hasard, dans le feuillage d'un arbre, dans la prière d'une femme, dans les larmes d'un homme, dans la lumière d'une bougie, tu renaîtras plus tard, un jour, sous la forme d'une fleur ou d'un petit garçon, chez une autre maman, tu seras partout là où mes yeux se poseront. Là où mon coeur demeurera, le tien continuera de battre.
J'aime donner la vie. Semer, arroser, récolter. Et recommencer chaque année. J'aime la vie telle qu'elle est aujourd'hui. Ensoleillée. J'aime être dans l’essentiel.
J'ignorais l'existence de ce son, de cette note à l'intérieur de moi. Je me sens comme un instrument de musique qui posséderait une touche en plus. Un défaut de fabrication salutaire.
Est-ce que c'est ça, la jeunesse ? Est-ce possible de faire connaissance avec elle à bientôt cinquante ans ?
Pourquoi va-t-on vers des livres comme on va vers des gens ? Pourquoi sommes-nous attirés par des couvertures comme nous le sommes par un regard, une voix qui nous paraît familière, déjà entendue, une voix qui nous détourne de notre chemin, nous fait lever les yeux, attire notre attention et va peut-être changer le cours de notre existence ?
C'est un luxe d'être propriétaire de son temps. Je pense que c'est un des plus grands luxes qu'un être humain puisse s'offrir.
Je déteste les fleurs artificielles. Une rose en plastique ou en synthétique, c'est comme une lampe de chevet qui voudrait imiter le soleil.
C'est important de mettre des photos sur les tombes. Sinon on n'est plus qu'un nom. La mort emporte aussi les visages.
Une femme sait tout de sa rivale. Ses habitudes, son parfum, ses goûts. Quand un amant débarque chez sa maîtresse, il doit se sentir en vacances, pas à la baraque.
Si les gens n’avaient plus rien à se reprocher, il n’y aurait personne sur les bancs de votre église.
Que sont les « larmoyances » ? - \r\n- C’est un mot que j’ai inventé pour réunir la mélancolie, la culpabilité, les regrets, les marches avant et les marches arrière. Tout ce qui nous emmerde dans la vie, quoi. Ce qui nous empêche d’avancer.
Il faut apprendre à donner de votre absence à ceux qui n'ont pas compris l'importance de votre présence. La mort ne prend pas de temps de pause.
Apprendre à lire c’est comme apprendre à nager. Une fois que les mouvements de la brasse sont acquis, que la peur de se noyer est passée, traverser une piscine ou un océan revient au même. C’est juste une question de souffle et d’entraînement.
Je change de chaîne. Si seulement je pouvais changer de vie en appuyant sur ma télécommande.
Le passé est le poison du maintenant. Ressasser, c'est mourir un peu.
Chaque tombe est une poubelle. Ce sont les restes qu'on enterre ici, les âmes sont ailleurs.
Le livre de la vie est le livre suprême, qu'on ne peut ni fermer ni rouvrir à son choix, on voudrait revenir à la page où l'on aime, et la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts.
Une vie ne se refait jamais. Prenez une feuille de papier et déchirez-la, vous aurez beau recoller chaque morceau, il restera toujours les déchirures, les pliures et le scotch ®.
Quand j’ai débuté, je pensais que les hostilités mouraient avec l’être détesté. Mais les pierres tombales n’enferment pas la haine. J’ai assisté à des enterrements sans larmes. J’ai même assisté à des enterrements heureux. Il y a des morts qui arrangent tout le monde.
Ces gens qui viennent chaque jour sur les tombes, ce sont eux qui ressemblent à des fantômes. Qui sont entre la vie et la mort.
La mort ne prend pas de temps de pause. Elle ne connaît ni les grandes vacances, ni les jours fériés, ni les rendez-vous chez le dentiste. Les heures creuses, les périodes de grands départs, l'autoroute du Soleil, les trente-cinq heures, les congés payés, les fêtes de fin d'année, le bonheur, la jeunesse, l'insouciance, le beau temps, tout cela, elle s'en fiche. Elle est là, partout, tout le temps. Personne n'y pense vraiment, sinon on devient fou.