Œuvre

Boussole (2015)

L'être est toujours dans cette distance, quelque part entre un soi insondable et l'autre en soi. Dans la sensation du temps. Dans l'amour, qui est l'impossibilité de la fusion entre soi et l'autre.
La musique est un beau refuge contre l'imperfection du monde et la déchéance du corps.
La vie est une symphonie de Mahler, elle ne revient jamais en arrière, ne retombe jamais sur ses pieds.
Nos rêves sont peut-être plus savants que nous.
Nous sommes deux fumeurs d'opium chacun dans son nuage, sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes une image glacée à laquelle le temps donne l'illusion du mouvement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements
Nous écoutions à l'unisson, aussi synchrones dans les battements de nos coeurs et nos respirations que si nous avions chanté nous-mêmes, touchés, emportés par le miracle de la voix humaine, la communication profonde, l'humanité partagée, dans ces rares instants où, comme dit Khayyam, on boit l'éternité.
C'est chose étrange que la mémoire; je suis incapable de retrouver son visage d'hier, son corps d'hier, ils s'effacent pour laisser la place à ceux d'aujourd'hui, dans le décor du passé
Heureusement que je ne me rappelle pas mes rêves à part les dernières secondes, ils s'effacent presque immédiatement de ma mémoire, heureusement. J'échappe à la culpabilité de l'inconscient, à la sauvagerie du désir.
Le vent d'un jupon balaye un homme plus sûrement qu'un typhon, c'est bien connu
Sans l'Orient (ce songe en arabe, en persan et en turc, apatride, qu'on appelle l'Orient) pas de Proust, pas de Recherche du temps perdu.
L'humilité de la vie nomade est une des images les plus fortes de l'Islam, le grand renoncement, le dépouillement des oripeaux mondains dans la nudité du désert - c'est cette pureté, cette solitude qui m'attirait moi aussi.
Dans la vie il y a des blessures qui, comme une lèpre, rongent l'âme dans la solitude, écrit l'Iranien Sâdeq Hedâyat au début de son roman La Chouette aveugle
Avant de pouvoir songer au beau , il fallait se plonger dans la plus profonde horreur et l'avoir parcourue tout entière, disait Sarah
Voilà, je n'ai plus sommeil. Le sommeil n'a jamais vraiment envie de moi, il m'abandonne très vite, aux alentours de minuit, après m'avoir harcelé toute la soirée. Le sommeil est un monstre d'égoïsme qui n'en fait qu'à sa tête.
Le sommeil est un monstre d'égoïsme qui n'en fait qu'à sa tête.
L'amour ne nous laisse pas plus partager les souffrances d'autrui qu'il ne guérit les nôtres.
Pauvre Stendhal, il ne savait pas ce qu'il faisait en publiant ses Mémoires d'un touriste, il inventait bien plus qu'un mot, « grâce au ciel, disait-il, le présent voyage n'a aucune prétention à la statistique et à la science », sans se rendre compte qu'il poussait des générations de voyageurs vers la futilité, avec l'aide du ciel, qui plus est.