Sans l'Orient (ce songe en arabe, en persan et en turc, apatride, qu'on appelle l'Orient) pas de Proust, pas de Recherche du temps perdu.
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La vie est une symphonie de Mahler, elle ne revient jamais en arrière, ne retombe jamais sur ses pieds.
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À lire aussi de Mathias Enard
C'est chose étrange que la mémoire; je suis incapable de retrouver son visage d'hier, son corps d'hier, ils s'effacent pour laisser la place à ceux d'aujourd'hui, dans le décor du passé
Le sommeil est un monstre d'égoïsme qui n'en fait qu'à sa tête.
Apparaître, poindre, briller. Consteller, scintiller, s'éteindre.
L'avantage, c'est qu'aujourd'hui les livres ont si peu de poids, sont si peu vendus, si peu lus que ce n'est même plus la peine de les interdire.
Dans la même œuvre
L'être est toujours dans cette distance, quelque part entre un soi insondable et l'autre en soi. Dans la sensation du temps. Dans l'amour, qui est l'impossibilité de la fusion entre soi et l'autre.
La musique est un beau refuge contre l'imperfection du monde et la déchéance du corps.
Nos rêves sont peut-être plus savants que nous.
Nous sommes deux fumeurs d'opium chacun dans son nuage, sans rien voir au-dehors, seuls, sans nous comprendre jamais nous fumons, visages agonisants dans un miroir, nous sommes une image glacée à laquelle le temps donne l'illusion du mouvement, un cristal de neige glissant sur une pelote de givre dont personne ne perçoit la complexité des enchevêtrements
Nous écoutions à l'unisson, aussi synchrones dans les battements de nos coeurs et nos respirations que si nous avions chanté nous-mêmes, touchés, emportés par le miracle de la voix humaine, la communication profonde, l'humanité partagée, dans ces rares instants où, comme dit Khayyam, on boit l'éternité.