Œuvre
Aphorismes du temps présent (1913)
Un gouvernement n'est pas le créateur d'une époque, mais sa création.
Une politique ne tenant compte que de l'heure présente est toujours d'ordre inférieur.
Les gouvernements périssent beaucoup plus par leurs fautes que par les attaques de leurs ennemis.
Un pouvoir trop discuté n'est bientôt plus un pouvoir respecté.
Une responsabilité morcelée devient vite de l'irresponsabilité.
On peut séparer la religion de la morale, mais la morale et la politique sont inséparables.
Un homme d'Etat sans prévoyance est un créateur de fatalités désastreuses.
L'âme ancestrale d'un peuple domine toute son évolution. Les bouleversements politiques ne modifient que l'expression de cette âme.
Les grands courants sociaux ne se remontant pas, la sagesse consiste à tâcher de les dévier lentement.
Loin d'être la source d'une évolution politique, une institution en réprésente simplement le terme.
Les législateurs voteraient bien peu de lois, s'ils pouvaient embrasser d'un coup d'oeil leurs lointaines conséquences.
Il est impossible de prévoir les incidences des mesures en apparence les plus sages. C'est pourquoi la manie des grandes réformes est souvent si dangereuse pour un peuple.
L'homme supérieur sait utiliser la fatalité, comme le marin utilise le vent, quelle que soit sa direction.
L'humanitarisme et la peur constituent les plus puissants facteurs de dissociation des peuples. Ces sentiments sont sans excuse pour qui prétend gouverner.
Les concessions n'empêchent pas les batailles devenues nécessaires. En les retardant, elles les rendent simplement plus coûteuses et plus dures.
Un gouvernement qui pactise sans cesse avec l'émeute périt par l'émeute.
Les peuples possédant beaucoup de canons ont seuls le droit et le pouvoir d'être pacifistes.
Une société est un équilibre de forces contraires qu'il faut toujours maintenir. Le jour où l'équilibre est rompu, l'anarchie commence.
Quand le parti de l'ordre faiblit pendant que celui de l'anarchie grandit, c'est l'anarchie qui finit par triompher.
Un peuple qui réclame sans cesse l'égalité est souvent bien près de réclamer la servitude.
C'est en créant des freins sociaux puissants que les peuples sortent de la barbarie, c'est en les brisant qu'ils y retournent.
Pas d'obéissance volontaire sans respect, pas de respect sans prestige.
Le prestige peut remplacer la force, mais la force ne remplace pas le préstige.
Les foules ne respectent que les gouvernements forts. Le mépris du faible a toujours été leur loi.
La tyrannie individuelle est prochaine quand les collectivités se soustraient au joug des lois.