Quelque consistance que puisse avoir, ou ne pas avoir, moralement et juridiquement,la culpabilité collective, pour ma génération d'étudiants ce fut une réalité vécue. Elle ne concernait pas uniquement ce qui s'était passé sous le Troisième Reich. [...] Le doigt tendu vers les coupables ne nous exemptait pas de la honte. Mais il nous permettait d'en souffrir moins. Il transformait la souffrance passive causée par la honte en énergie, en activisme,en agressivité. Et le conflit avec des parents coupables étaient particulièrement énergétique.

À lire aussi de Bernhard Schlink

Je voulais à la fois comprendre et condamner le crime d'Anna. Mais était trop horrible pour cela. Lorsque je tentais de le comprendre , j'avais le sentiment de ne plus le condamner comme il méritait effectivement de l'être. Lorsque le le condamnais comme il le méritait, il n'y avait plus de place pour la compréhension. Mais en même temps je voulais comprendre Hanna ; ne pas la comprendre c'était la trahir une fois de plus. Je ne m'en pas sorti. Je voulais assumer les deux, la compréhension et la condamnation. Mais les deux ensemble, cela n'allait pas.
Il n'enjolivait pas les choses, il les trouvait belles, il trouvait la beauté là où les autres la déformaient ou la méconnaissaient, et prenait les attributs que les autres employaient pour exprimer leur admiration afin d'exprimer la sienne.
Dans un service de soins intensifs, les malades sont tous sur un pied d'égalité.
Alors j'ai commencé à la trahir. Non que j'aie ébruité des secrets ou fait honte à Hannah. je n'ai rien dit que j'aurai dû taire. J'ai tu ce que j'aurai dû dire. Je ne me suis pas rangé de son côté.
Qu'elle eût honte de ne savoir ni lire ni écrire, et qu'elle préférât me sembler déroutante plutôt que d'être honteusement démasquée, je le comprenais. Je savais bien moi-même que la honte pouvait provoquer des conduites de fuite, de résistance, de dissimulation, voire des comportements blessants. Mais la honte qu'éprouvait Hanna de ne savoir ni lire ni écrire expliquait-elle son comportement au procès et dans le camp ? Par peur de la honte d'être analphabète, plutôt la honte d'être démasquée comme criminelle ? Plutôt être une criminelle ?
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Dans la même œuvre

On apprécie mal l'âge qu'on n'a pas encore derrière soi, ni juste devant.
Seulement voilà : fuir n'est pas seulement partir, c'est aussi arriver quelque part.
Je renonçais donc à raconter. Si la vérité de ce qu'on dit, c'est ce qu'on fait, on peut aussi bien renoncer à parler.
La fuite ne consiste pas à s'occuper du passé, mais à se concentrer résolument sur le présent et l'avenir en étant aveugle à l'héritage dont nous sommes marqués et avec lequel nous devons vivre.
Alors j'ai commencé à la trahir. Non que j'aie ébruité des secrets ou fait honte à Hannah. je n'ai rien dit que j'aurai dû taire. J'ai tu ce que j'aurai dû dire. Je ne me suis pas rangé de son côté.