Les mots sont des papillons, fragiles et volatils. Il faut le bon filet pour les attraper.

À lire aussi de Laetitia Colombani

Ce n’est pas elle qui est malade, c’est la société tout entière qu’il faudrait soigner. Les faibles qu’elle devrait protéger, accompagner, elle leur tourne le dos, comme ces vieux éléphants que le troupeau laisse derrière lui, les condamnant à une mort solitaire.
Un homme rasé peut être sexy, une femme chauve sera toujours malade, pense Sarah.
Après tout, elle a réussi à dissimuler ses grossesses, elle parviendra bien à cacher son cancer. Il sera son enfant secret, son fils illégitime, dont nul ne pourra soupçonner l'existence. Inavouable et invisible.
Tel un acrobate sur un fil, elle a l'impression d'osciller au gré du vent. C'est ainsi, se dit-elle, la vie rapproche parfois les moments les plus sombres et les plus lumineux. Elle prend et donne en même temps.
Elle n'oublie qu'une chose, pourtant apprise durant ses années de métiers : lorsqu'on nage parmi les requins, mieux vaut ne pas saigner.
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Dans la même œuvre

L'estime de soi, c'est ce qu'il y a de plus difficile à regagner.
Ne plus penser, se noyer dans la vie des autres comme elle se noyait, jadis, dans les dossiers. C'est un pis-aller, elle le sait, mais elle n'a rien d'autre à quoi se raccrocher.
Tous les deux ou trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint, dans ce pays qu'on dit civilisé. Jusqu'à quand ? Dans la nature, aucune autre espèce ne se livre à ce jeu de massacre. La maltraitance des femelles n'existe pas. Pourquoi chez les humains, ce besoin de détruire, de briser ?
Le bonheur des autres est cruel. Il vous tend un miroir sans pitié.
Oublier ses rêves d'enfant, c'est facile, il suffit de ne plus y penser. De les recouvrir d'un voile comme on recouvre d'un drap les meubles d'une maison qu'on s'apprête à quitter.