Au médecin, elle ne demande pas ses chances, elle refuse de réduire son avenir à une statistique. Certains veulent savoir, elle pas. Elle ne laissera pas les chiffres s'immiscer en elle, dans sa conscience, dans son imaginaire, ils seraient capables de proliférer, comme la tumeur elle-même, de saper son moral, sa confiance, sa guérison.
❧
Tous les deux ou trois jours, une femme meurt sous les coups de son conjoint, dans ce pays qu'on dit civilisé. Jusqu'à quand ? Dans la nature, aucune autre espèce ne se livre à ce jeu de massacre. La maltraitance des femelles n'existe pas. Pourquoi chez les humains, ce besoin de détruire, de briser ?
◆
À lire aussi de Laetitia Colombani
Sa révolte est silencieuse, inaudible, presque invisible. Mais elle est là.
Dans la lutte pour la guérison, il ne fallait pas négliger l'estime de soi, disait-elle. L'image que vous renvoie le miroir doit être votre alliée, non votre ennemie, avait-elle conclu d'un ton avisé.
Aborder la jeune sans-abri, cela veut dire créer un lien, ouvrir la voie vers l'empathie. Engager la discussion, c'est reconnaître l'autre dans son humanité. Difficile ensuite de le contourner, de continuer à l'ignorer.
Ce qui manque dans l'enfance vous manque pour l'éternité. C'est ainsi : qui n'a pas assez mangé à la table de son père ne sera jamais rassasié.
Dans la même œuvre
Les mots sont des papillons, fragiles et volatils. Il faut le bon filet pour les attraper.
L'estime de soi, c'est ce qu'il y a de plus difficile à regagner.
Ne plus penser, se noyer dans la vie des autres comme elle se noyait, jadis, dans les dossiers. C'est un pis-aller, elle le sait, mais elle n'a rien d'autre à quoi se raccrocher.
Le bonheur des autres est cruel. Il vous tend un miroir sans pitié.
Oublier ses rêves d'enfant, c'est facile, il suffit de ne plus y penser. De les recouvrir d'un voile comme on recouvre d'un drap les meubles d'une maison qu'on s'apprête à quitter.