Après tout, elle a réussi à dissimuler ses grossesses, elle parviendra bien à cacher son cancer. Il sera son enfant secret, son fils illégitime, dont nul ne pourra soupçonner l'existence. Inavouable et invisible.

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Tel un acrobate sur un fil, elle a l'impression d'osciller au gré du vent. C'est ainsi, se dit-elle, la vie rapproche parfois les moments les plus sombres et les plus lumineux. Elle prend et donne en même temps.
Les mots sont des papillons, fragiles et volatils. Il faut le bon filet pour les attraper.
L'envie d'y croire. De penser que la vie est devant, toujours devant. Qu'il suffit d'un stylo pour tout changer. D'un peu de poésie pour se réinventer.
La guerre, elle l'a faite elle aussi pas besoin d'aller en Serbie. La sienne a duré vingt ans, près d'ici, dans un joli pavillon entouré de rosiers. Son ennemi était bien habillé ; il avait les traits de son mari.
La fuite dans le sommeil, elle l'a perdue depuis longtemps. Ses nuits ne lui offrent plus rien qu'un abîme sans fond, des rêves aussi noirs que la fange qu'elle nettoie.
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Au médecin, elle ne demande pas ses chances, elle refuse de réduire son avenir à une statistique. Certains veulent savoir, elle pas. Elle ne laissera pas les chiffres s'immiscer en elle, dans sa conscience, dans son imaginaire, ils seraient capables de proliférer, comme la tumeur elle-même, de saper son moral, sa confiance, sa guérison.
Sa révolte est silencieuse, inaudible, presque invisible. Mais elle est là.
Ablation, un mot qui rime avec punition, agression, mutilation, amputation, démolition. Guérison, aussi, peut-être.
Un père, ça ne meurt pas, un père c'est éternel, c'est un roc, un pilier, surtout le sien.
Elle reste parfois des nuits entières, les yeux grands ouverts. Les hommes ne sont pas égaux devant le sommeil, pense-t-elle. Les hommes ne sont égaux devant rien.