La nuit est un océan. Elle semble permanente. La nuit est l'ennemi des enfants. La nuit est un adversaire. La nuit est un homme qui persécute les femmes. La nuit creuse les fragilités. La nuit est mortelle.

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Les avions me fascinaient, j'y voyais le symbole de la liberté, du danger même, non d'avoir un accident, mais de laisser ce que l'on connaissait, qui encadrait ; partir était aussi se quitter soi-même.
On ne se remet jamais de ses morts, je crois. On fait semblant de s'en détacher.
Les enfants portent mon enfance. Je les aime pour cela. Pour ce qu'ils font réapparaître: les cris dans les vagues, la sieste sur la plage, les yeux vers le ciel, cette grande solitude.
Mon affinité avec la mort a commencé dès mon plus jeune âge non pas par excès de morbidité mais par conscience de la finitude et plus exactement de Ma finitude. Mon corps d'enfant contenait à lui seul tous les signes infaillibles d'un défaut d'infini.
L'écriture et l'amour procèdent de la même tension, de la même joie, de la même perdition.
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Dans la même œuvre

Ma vie algérienne bat hors de la ville. Elle est à la mer, au désert, sous les montagnes de l'Atlas. Là, je m'efface enfin. Je deviens un corps sans type, sans langue, sans nationalité. Cette vie est sauvage. Elle est sans voix et sans visage.
La nuit est un masque. La nuit efface les formes. La nuit supprime les témoins. La nuit rend fou aussi. Ce n'est plus la réalité. C'est une autre vie, sans visage, sans angle, sans matière. La nuit est une noyade.
Je sens l'amour qui vient avec le matin. Avec le chant des oiseaux. Avec le petit chien sous nos draps. Avec la voix de ma grand-mère qui ouvre les volets. Encore une belle journée. Avec l'été français. C'est un amour étrange. Un peu brutal.
Ne pas être algérienne. Ne pas être française. C'est une force contre les autres. Je suis indéfinie. C'est une guerre contre le monde. Je deviens inclassable. Je ne suis pas assez typée.
Je m'adapte à tout. Très vite. C'est comme une folie, cette faculté d'adaptation. C'est plusieurs vies à la fois. C'est une multitude de petites trahisons.