La beauté trop formelle devient une grimace.
La liberté ce n'est pas la liberté des membres du parti ou des partisans du gouvernement fussent-ils aussi nombreux qu'on le voudra. La liberté c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement.
Les guerres sont un phénomène barbare, profondément immoral, réactionnaire et contraire aux intérêts du peuple.
La chair à canon, embarquée en août et septembre toute gorgée de patriotisme, pourrit maintenant en Belgique, dans les Vosges, en Masurie, dans des cimetières où l'on voit les bénéfices de guerre pousser dru.
Je trouve qu'on a déjà beaucoup trop écrit de livres; à force de littérature, les gens oublient de contempler la beauté du monde.
Le niveau de vie de tout homme et de toute classe ne peut être jugé correctement que si on l'apprécie par rapport à la situation de l'époque donnée et des autres couches de la même société.
Être un être humain est la chose la plus élevée de toutes. Et cela veut dire être ferme et clair et joyeux, oui, joyeux envers et contre tout, parce que se plaindre est affaire de faible. Être un être humain veut dire secouer joyeusement sa vie entière dans la gigantesque échelle du destin s'il le faut, et en même tant se réjouir dans la clarté de chaque jour et la beauté de chaque nuage.
Lisez -Les Dieux ont soif- d'Anatole France. Ce qui fait, à mon sens, la grandeur de cet ouvrage, c'est la vision générale que l'auteur a de l'homme. Voyez, nous dit-il, de ces personnages pitoyables, de ces mesquineries quotidiennes naissent, à un moment déterminé de l'histoire, les évènements les plus extraordinaires et les gestes les plus grandioses.
Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur. Alors, je cherche une raison à cette joie, je n'en trouve pas et ne puis m'empêcher de sourire de moi-même. Je crois que la vie elle-même est l'unique secret. Car l'obscurité profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l'observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l'entendre.
A l'instant, j'ai interrompu ma lettre pour observer le ciel- le soleil est descendu d'un degré, derrière les bâtiments et, tout en haut,une foule de petits nuages-venus Dieu sait où-se sont rassemblés en silence. Ils sont d'un gris tendre, argentés et brillants sur la frange, et leurs formes déchiquetées se dirigent vers le nord. Il y a tant d'insouciance dans ces nuages qui passent, comme un sourire indifférent, que je n'ai pu m'empêcher de sourire moi aussi, car je suis toujours en accord avec le rythme de vie qui m'entoure. Devant un tel ciel, comment pourrait-on être méchant ou mesquin ? N'oubliez jamais de regarder autour de vous, vous y trouverez toujours une raison d'être indulgente.
Récemment, j'ai lu dans le livre de France qu'en science et en littérature les hommes célèbres produisent leurs réalisations les plus éminentes au mois de janvier ou de février. Il faut croire que le solstice d'hiver constitue aussi un moment critique dans la vie de l'homme et provoque un nouvel élan des forces vitales.
N'oubliez pas, même si vous êtes occupés, même si vous traversez la cour à la hâte, absorbés par vos tâches urgentes, n'oubliez pas de lever la tête un instant et de jeter un oeil à ces immenses nuages argentés et au paisible océan bleu dans lequel ils nagent.
Fais donc en sorte de rester un être humain. C'est ça l'essentiel, être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui calme, envers et contre tout,car gémir est l'affaire des faibles. Être humain, c'est s'il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière "sur la grande balance du destin", tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage.
Fais donc en sorte de rester un être humain. C'est ça l'essentiel, être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui calme, envers et contre tout,car gémir est l'affaire des faibles.
Être humain, c'est s'il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière "sur la grande balance du destin", tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage.
Il faut travailler et faire ce que l'on peut, et pour le reste, tout prendre avec légèreté et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en étant amer.
Dans le domaine social comme dans la vie privée, il faut tout prendre avec calme, générosité, et un petit sourire aux lèvres.
Mais la vie est "ainsi", depuis toujours, et tout en fait partie : douleur, séparation et nostalgie. Il faut la prendre comme un tout, et TOUT trouver beau et bien. Enfin, c'est comme ça que je fais. Et pas par sagesse longuement méditée, mais simplement parce que telle est ma nature. Je sens instinctivement que c'est la seule façon juste de prendre la vie, voilà pourquoi je me sens réellement heureuse dans n'importe quelle situation.
Soyez gais, moquez-vous de tout.
J'ai parfois le sentiment de ne pas être un vrai être humain, mais plutôt un oiseau ou quelque autre animal qui aurait très vaguement pris forme humaine ; au fond de moi, je me sens bien plus chez moi, dans un petit bout de jardin comme ici, ou dans la campagne, entourée de bourdons et de brins d'herbe que - dans un congrès du Parti.
A vous, je peux bien dire cela tranquillement ; vous n'irez pas tout de suite me soupçonner de trahir le socialisme. Vous savez bien qu'au bout du compte, j'espère mourir à mon poste : dans un combat ou au pénitencier. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu'aux "camarades".
D'une façon générale, on ne doit pas oublier d'être bon, car la bonté, dans les relations avec les hommes, fait bien plus que la sévérité.
N'oubliez pas qu'il faut prendre la vie avec sérénité et joie, quoiqu'il arrive.
Rester un être humain, c'est jeter, s'il le faut, joyeusement, sa vie entière, sur « la grande balance du destin », mais en même temps se réjouir de chaque belle journée de soleil, de chaque beau nuage. Hélas je ne sais pas la recette qui permettrait de se conduire en être humain, je sais seulement comment on l'est.
Tâche donc de demeurer un être humain. C'est là l'essentiel. Et ça veut dire : être solide, lucide, et gaie, oui, gaie malgré tout le reste..
Œuvres de Rosa Luxemburg
Déclaration devant le tribunal de Francfort, février 1914.Introduction à l'économie politique (2009)J'étais, je suis, je serais! : Correspondance 1914-1919La Crise de la social-démocratie (1915)La Révolution russeLettres de prison (1916-1918)Rosa, la vie : lettres de Rosa LuxemburgŒuvres I (1906), Rosa Luxemburg (trad. Irène Petit), éd. Maspero, coll. « petite collection Maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0264-4), partie Grève de masse, parti et syndicats, chap. 2., p. 100Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 3 Problèmes russes, p. 24Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 6 La responsabilité historique, p. 45Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 8 La révolution russe, p. 85 et 87