Auteur

Rosa Luxemburg

Où veux-tu en venir avec les souffrances particulières aux Juifs ? Pour moi, les malheureuses victimes des plantations d'hévéas dans la région du Putumayo, les nègres d'Afrique dont les Européens se renvoient les corps comme on joue au ballon, me touchent tout autant. Te souviens-tu du récit de la campagne de Von Trotha, dans le Kalahari […] : « Et les râles des agonisants, les cris de ceux que la soif avaient rendus fous retentissaient dans le silence de cette immensité. » Ce « silence sublime de l'immensité » où tant de cris se perdent, il éclate dans ma poitrine si fort qu'il ne saurait y avoir dans mon cœur un petit recoin spécial pour le ghetto ; je me sens chez moi dans le vaste monde partout où il y a des nuages, des oiseaux et des larmes”.
Le monde est si beau malgré toutes les horreurs et il serait plus beau encore s'il n'y avait pas sur cette terre des pleutres et des lâches.
Il suffit malheureusement de la plus petite ombre qui passe sur moi pour faire voler en éclats mon équilibre et ma béatitude : j'éprouve alors une souffrance indicible.
Il n'y a vraiment pas lieu de se contorsionner, de s'exciter sur des points de détails et des aspects secondaires quand les choses vont globalement dans le bon sens.
Je ne sais pas moi-même comment un beau poème peut agir sur moi aussi profondément, Goethe surtout, à chaque fois que je suis émue ou ébranlée. C'est une réaction presque physiologique, comme si, les lèvres assoiffées, je buvais un liquide délicieux qui me rafraîchissait tout entière, guérissant et mon corps et mon âme.
Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l'entendre.
Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite. Parce qu'il nous fait voir le monde comme un conte lumineux, parce qu'il va chercher dans l'être humain ce qu'il a de plus noble et de plus beau en lui, parce qu'il élève ce qui est le plus commun et le plus dérisoire, et le sertit de diamants, et parce qu'il fait vivre dans l'ivresse et dans l'extase.
Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite.
Où veux-tu en venir avec les souffrances particulières aux Juifs ? Pour moi, les malheureuses victimes des plantations d'hévéas dans la région du Putumayo, les nègres d'Afrique dont les Européens se renvoient les corps comme on joue au ballon, me touchent tout autant.
Te souviens-tu du récit de la campagne de Von Trotha, dans le Kalahari […] : « Et les râles des agonisants, les cris de ceux que la soif avaient rendus fous retentissaient dans le silence de cette immensité. » Ce « silence sublime de l'immensité » où tant de cris se perdent, il éclate dans ma poitrine si fort qu'il ne saurait y avoir dans mon cœur un petit recoin spécial pour le ghetto ; je me sens chez moi dans le vaste monde partout où il y a des nuages, des oiseaux et des larmes”
Si l'on étouffe la vie politique dans tout le pays, il est forcé que, dans les Soviets aussi, la vie soit de plus en plus paralysée. Sans élections générales, sans liberté de la presse et de réunions sans entraves, sans libre affrontement d'opinions, la vie de n'importe quelle institution publique cesse […]. Au fond c'est donc une clique qui gouverne. Il s'agit bien d'une dictature, mais ce n'est pas la dictature du prolétariat
En ce moment, la Russie confirme une fois de plus cette vieille expérience historique : il n'est rien de plus invraisemblable, de plus impossible, de plus fantaisiste qu'une révolution une heure avant qu'elle n'éclate ; il n'est rien de plus simple, de plus naturel et de plus évident qu'une révolution lorsqu'elle a livré sa première bataille et remporté sa première victoire.
La paix générale ne saurait être atteinte sans le renversement de la puissance dirigeante en Allemagne. Seul le flambeau de la révolution, seule la lutte de masse ouverte pour le pouvoir politique, pour la domination du peuple et la république en Allemagne permettra d'empêcher le retour de flamme du génocide et le triomphe des annexionnistes allemands à l'Est et à l'Ouest. Les ouvriers allemands sont appelés maintenant à porter d'Est en Ouest le message de la révolution et de la paix. Faire la fine bouche ne sert à rien, il faut y aller.
Mais si l'on étouffe la vie politique dans tout le pays, la paralysie gagne obligatoirement la vie dans les soviets. Sans élections générales, sans une liberté de presse et de réunion illimitée, sans une lutte d'opinion libre, la vie s'étiole dans toutes les institutions publiques, végète, et la bureaucratie demeure le seul élément actif. [...] Lénine-Trotski se prononcent en revanche pour la dictature en opposition à la démocratie, et ainsi pour la dictature d'une poignée de gens, c'est-à-dire une dictature sur le modèle bourgeois.
Dans l'espace immatériel de l'analyse logique abstraite, on peut prouver avec la même rigueur aussi bien l'impossibilité absolue, la défaite certaine de la grève de masse, que sa possibilité absolue et sa victoire assurée. Aussi la valeur de la démonstration est-elle dans les deux cas la même, je veux dire nulle. C'est pourquoi craindre la propagande pour la grève de masse, prétendre excommunier formellement les coupables de ce crime, c'est être victime d'un malentendu absurde. Il est tout aussi impossible de "propager" la grève de masse comme moyen abstrait de lutte qu'il est impossible de "propager" la révolution. La "révolution" et la "grève de masse" sont des concepts qui ne sont eux-mêmes que la forme extérieure de la lutte des classes et ils n'ont de sens et de contenu que par rapport à des situations politiques bien déterminées.

Œuvres de Rosa Luxemburg

Déclaration devant le tribunal de Francfort, février 1914.Introduction à l'économie politique (2009)J'étais, je suis, je serais! : Correspondance 1914-1919La Crise de la social-démocratie (1915)La Révolution russeLettres de prison (1916-1918)Rosa, la vie : lettres de Rosa LuxemburgŒuvres I (1906), Rosa Luxemburg (trad. Irène Petit), éd. Maspero, coll. « petite collection Maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0264-4), partie Grève de masse, parti et syndicats, chap. 2., p. 100Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 3 Problèmes russes, p. 24Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 6 La responsabilité historique, p. 45Œuvres II (écrits politiques 1917-1918), Rosa Luxemburg (trad. Claudie Weill), éd. Maspero, coll. « petite collection maspero », 1969 (ISBN 2-7071-0263-6), chap. 8 La révolution russe, p. 85 et 87