Œuvre

Rosa, la vie : lettres de Rosa Luxemburg

N'oubliez pas, même si vous êtes occupés, même si vous traversez la cour à la hâte, absorbés par vos tâches urgentes, n'oubliez pas de lever la tête un instant et de jeter un oeil à ces immenses nuages argentés et au paisible océan bleu dans lequel ils nagent.
Fais donc en sorte de rester un être humain. C'est ça l'essentiel, être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui calme, envers et contre tout,car gémir est l'affaire des faibles. Être humain, c'est s'il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière "sur la grande balance du destin", tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage.
Fais donc en sorte de rester un être humain. C'est ça l'essentiel, être humain. Et ça, ça veut dire être solide, clair et calme, oui calme, envers et contre tout,car gémir est l'affaire des faibles.
Être humain, c'est s'il le faut, mettre gaiement sa vie toute entière "sur la grande balance du destin", tout en se réjouissant de chaque belle journée et de chaque beau nuage.
Il faut travailler et faire ce que l'on peut, et pour le reste, tout prendre avec légèreté et bonne humeur. On ne se rend pas la vie meilleure en étant amer.
Dans le domaine social comme dans la vie privée, il faut tout prendre avec calme, générosité, et un petit sourire aux lèvres.
Mais la vie est "ainsi", depuis toujours, et tout en fait partie : douleur, séparation et nostalgie. Il faut la prendre comme un tout, et TOUT trouver beau et bien. Enfin, c'est comme ça que je fais. Et pas par sagesse longuement méditée, mais simplement parce que telle est ma nature. Je sens instinctivement que c'est la seule façon juste de prendre la vie, voilà pourquoi je me sens réellement heureuse dans n'importe quelle situation.
Soyez gais, moquez-vous de tout.
J'ai parfois le sentiment de ne pas être un vrai être humain, mais plutôt un oiseau ou quelque autre animal qui aurait très vaguement pris forme humaine ; au fond de moi, je me sens bien plus chez moi, dans un petit bout de jardin comme ici, ou dans la campagne, entourée de bourdons et de brins d'herbe que - dans un congrès du Parti.
A vous, je peux bien dire cela tranquillement ; vous n'irez pas tout de suite me soupçonner de trahir le socialisme. Vous savez bien qu'au bout du compte, j'espère mourir à mon poste : dans un combat ou au pénitencier. Mais mon moi le plus profond appartient plus à mes mésanges charbonnières qu'aux "camarades".
D'une façon générale, on ne doit pas oublier d'être bon, car la bonté, dans les relations avec les hommes, fait bien plus que la sévérité.
N'oubliez pas qu'il faut prendre la vie avec sérénité et joie, quoiqu'il arrive.
Rester un être humain, c'est jeter, s'il le faut, joyeusement, sa vie entière, sur « la grande balance du destin », mais en même temps se réjouir de chaque belle journée de soleil, de chaque beau nuage. Hélas je ne sais pas la recette qui permettrait de se conduire en être humain, je sais seulement comment on l'est.
Tâche donc de demeurer un être humain. C'est là l'essentiel. Et ça veut dire : être solide, lucide, et gaie, oui, gaie malgré tout le reste..
Le monde est si beau malgré toutes les horreurs et il serait plus beau encore s'il n'y avait pas sur cette terre des pleutres et des lâches.
Il suffit malheureusement de la plus petite ombre qui passe sur moi pour faire voler en éclats mon équilibre et ma béatitude : j'éprouve alors une souffrance indicible.
Il n'y a vraiment pas lieu de se contorsionner, de s'exciter sur des points de détails et des aspects secondaires quand les choses vont globalement dans le bon sens.
Je ne sais pas moi-même comment un beau poème peut agir sur moi aussi profondément, Goethe surtout, à chaque fois que je suis émue ou ébranlée. C'est une réaction presque physiologique, comme si, les lèvres assoiffées, je buvais un liquide délicieux qui me rafraîchissait tout entière, guérissant et mon corps et mon âme.
Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l'entendre.
Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite. Parce qu'il nous fait voir le monde comme un conte lumineux, parce qu'il va chercher dans l'être humain ce qu'il a de plus noble et de plus beau en lui, parce qu'il élève ce qui est le plus commun et le plus dérisoire, et le sertit de diamants, et parce qu'il fait vivre dans l'ivresse et dans l'extase.
Pour moi aussi, l'amour était (ou est) toujours plus important et plus sacré que l'objet qui le suscite.
Si l'on étouffe la vie politique dans tout le pays, il est forcé que, dans les Soviets aussi, la vie soit de plus en plus paralysée. Sans élections générales, sans liberté de la presse et de réunions sans entraves, sans libre affrontement d'opinions, la vie de n'importe quelle institution publique cesse […]. Au fond c'est donc une clique qui gouverne. Il s'agit bien d'une dictature, mais ce n'est pas la dictature du prolétariat