A l'heure du thermonucléaire, le coït néanderthalien est dépassé et nocif, car, joint à l'inhalation d'une atmosphère polluée, il est cancérigène.
L'avenir n'était qu'une catastrophe en perspective.
L'amour est simple comme l'amour, il ne pense ni ne réfléchit, et si on raisonne avant d'aimer, vous savez bien qu'on aimera jamais.
Nos enfants sont perturbés, ils ont dans la tête plus de marques et de logos que de théorèmes et de conjugaisons.
Ma femme est une harpie. Je suis un monstre. Nous nous aimons. Notre couple est une des innombrables cellules qui constituent la société.
Les victimes sont décevantes, parfois les martyrs ne sont pas des héros.
L'écrivain est seul et pourtant nombreux comme les habitants d'une mégalopole. Il finit par se dissoudre dans la foule des gens qu'il a inventés.
L'écrivain, cendrier rempli des mégots de la vanité, et qui se prend pour Dieu. Parce qu'il partage avec lui le privilège de ne pas exister.
Après tout, les promesses non tenues sont les plus belles. Elles permettent à ceux qui les ont entendues de faire un beau rêve qui ne coûtera en définitive rien à personne.
Les années tombent. A partir de quarante ans, on dirait un bombardement.
L'amour est une bonne douleur que les hommes supplient les femmes de leur infliger depuis la nuit des temps.
L'amour est comme l'argent, on peut être heureux dans la ruine mais l'opulence ne nuit pas au bonheur.
On ne perd rien à vivre passionnée, à attendre un homme qui vous attend aussi, à échanger avec lui des promesses, des rêves, belle monnaie frappée au coin de ce sentiment décrié par les chevaux de retour des idylles qui ont capoté.
Les pleurs abondants des hommes sont beaucoup plus troublants que leur pauvre semence.
Avoir pour dessein de s'accaparer un seul éclat de la gloire des grands est plus condamnable encore que chez un joaillier gratter en catimini les pierres d'une rivière de diamants pour en dérober des fragments de carat.
Et qu'est la vie, sinon la viande par-dessus l'os qui nous distingue des défunts ?
Pas de simagrées, l'amour n'est pas la vie, une rupture n'est pas l'agonie. C'est tout au plus un tendre rhume, une fluxion, la foulure d'un sentiment dont se passent fort bien ces ethnies à qui chasse et cueillette ne laissent pas un instant de répit.
Œuvres de Régis Jauffret