Auteur

Philippe Bouvard

Ah! la volupté d'abattre du travail comme on abat des arbres, de s'attaquer à une montagne de papier comme on escalade le mont Blanc pour donner, peu à peu, au bureau - par traitement ou par élimination - l'aspect du Sahara.
Je connais des vaniteux qui passent tellement de temps à dire du bien d'eux qu'ils n'ont même pas le loisir de dire du mal des autres.
J'aime tellement ceux qui m'aiment que je finis par oublier leur manque de goût.
Il y aurait moins de femmes vertueuses s'il y avait moins d'hommes avares...
Une ambition à satisfaire est moins puissante qu'un vice à entretenir.
Ni la bonté, ni l'indulgence, ni la solidarité ne sont des vertus naturelles.
Que les chiens soient interdits de paradis tendrait à prouver que la fidélité n'est pas considérée comme une vertu cardinale.
J'ai des ambitions de vieux - les honneurs, le pouvoir et l'argent - étayées par des certitudes de jeunes - la durée, le tonus et la santé.
Le pire n'est pas, quand on vieillit, de ne plus distinguer nettement certains mots mais de les confondre avec d'autres et de répondre à côté en laissant croire non que l'oreille faiblit mais que l'esprit déraille.
Le refus de la vieillesse et de ses atteintes passe par deux constatations subjectives: les gens parlent de moins en moins distinctement, les escaliers ont des marches de plus en plus hautes.
Les vieux savent tout. Sauf qu'ils sont vieux.
Le vin d'honneur de la retraite: véritable crémation sociale à l'issue de laquelle l'exécuté rentre chez lui avec la canne à pêche, symbole d'une nouvelle vie et d'une mort prochaine.
Largement septuagénaire, Jean-Baptiste Doumeng avait une jeune et jolie femme. Des amis parlaient à mots couverts des risques qu'il courait. Il les arrêta: - - A mon âge, on n'est plus cocu, on est secondé!
Il n'y a de joueurs repentants que parmi les perdants.
Il vaut mieux creuser sa tombe avec sa fourchette qu'avec une pelle: c'est plus agréable et c'est plus long.
On appelle cadres les gens dont la peau se tend après les repas.
Heureux les bisexuels qui peuvent regarder toute l'humanité avec les yeux de l'amour...
Ce n'est pas parce que le vin n'est pas du vin de messe qu'il ne faut pas le boire religieusement.
En 53 années de compagnonnage hilarant, je me suis aperçu que Jean Yanne était beaucoup plus qu'un acteur, beaucoup plus qu'un metteur en scène, le premier humoriste français.
Je suis catastrophé, parce que des rigolos il y en a beaucoup, des Yanne, il n'y en avait qu'un.
La météo est une science qui permet de connaître le temps qu'il aurait dû faire!
Je préfère une petite bénédiction égrenée rapidement sur la tombe à un long service qui, dans une église pas chauffée, prépare fatalement d'autres enterrements.
Je rêve parfois de prendre, sur le plan des articles et des émissions, une avance telle qu'elle me permettrait de me manifester dans mes supports habituels plusieurs mois après ma disparition.
L'euthanasie n'est qu'une mesure d'économie pour éviter d'avoir à construire de nouveaux hospices.
C'est triste de se retrouver pour l'éternité dans une travée du Père-Lachaise en compagnie de gens avec lesquels on n'aurait même pas passé un week-end.

Œuvres de Philippe Bouvard

Bouvard de A à Z (2014)Douze mois et moi (1978)Douze mois et moi (1978), MarsJournal 1992-1996Journal 1997-2000Le Journal de Bouvard, 1992-1996 (1997)Lettre ouverte aux marchands du Temple (1967)Maximes au minimumMaximes au minimum (1999)Mille et une pensées (2005)ProverbesRéactions à la mort de Jean Yanne, le 23 mai 2003.TF1 le 18 août 2000, Nos meilleurs momentsTF1 le 5 avril 2002, 25 ans des \"Grosses Têtes\"Tous des hypocrites, sauf vous et moi (1979)Un oursin dans le caviar (1973)