Auteur

Paul-Jean Toulet

On souffre mieux, de ce qu'on chérit, la cruauté que l'indifférence. Et on lui pardonne même de nous rendre heureux.
De l'ombre, soudain, sur la route qui poudroie, et la voix des sources, — une porte qui s'entr'ouvre, et tout à coup ce qu'on aime, qu'on n'attendait plus.....
Il n'est si belle et si libre tendresse qui ne fasse parfois sonner un secret bruit de chaîne
L'amour traîne après lui l'amitié, comme un bel adolescent qui tire par la main une soeur vieille et morose.
Tandis qu'il bat pour nous un coeur encore, on se peut consoler de tous les autres, et du plus méprisable : le sien
Les prunes et les amis, il les faut goûter jusqu'au noyau, avant de savoir s'ils sont bons. Et alors il est trop tard.
Aux hommes c'est par le coeur que s'apprend l'amour. Chez les femmes c'est par coeur.
Ce ne sont pas tant les prophètes qui perdent à n'être pas crus, que leur pays à ne les pas croire.
Avec un cheval, on faisait un chevalier. Mais avec un cheval-vapeur ? N'est-ce pas tomber dans l'industrie ?
Pour un observateur, certes, ce qu'il y a de plus doux à observer, c'est le silence.
Le moindre souffle d'ambition agite l'homme comme un marais, jusqu'à sa vase.
Les coquins et les femmes sont délicats sur le point d'honneur.
Être jaloux de son propre passé, ce n'est point impossible.
Il faut aimer le bien d'autrui comme le sien propre, et même davantage, - si l'on est, par exemple, le mari d'une femme laide.
D'être sur la paille, les nèfles pourrissent et les hommes aussi, quelquefois.
C'est la tête, chez certains hommes, qui domine le coeur, et tout ce qu'ils peuvent, c'est d'imaginer l'amour : mais jamais ils n'aiment.
Certaines gens sont heureux de trop bonne heure. Alors, et pour toujours, ils se reposent, contents d'avoir saisi l'occasion par son unique cheveu et qu'il leur soit resté dans la main.
La guigne, cette espèce de malheur trop continu, finit par lasser le courage, l'espérance même, et par rendre enfin le coeur inégal à l'occasion : « Il y a, dit Frédéric Soulié, des hommes qui ne savent que réussir, et des femmes qui ne savent qu'être heureuses ».
Il n'y a que les avares pour faire reluire toutes les facettes de la fortune. Ils en jouissent par l'imagination : c'est comme si, d'un seul sac d'or, ils tiraient plusieurs moutures.
Être à la fois homme galant, et galant homme, ce n'est pas toujours si aisé qu'on pense.
Il y avait en Athènes des gens qui faisaient leur fortune à détrousser les morts. On les appelait des tymboriches, d'un nom qui rime richement à celui de nos nouveaux riches.
Tout homme (digne de ce nom) a dans la coeur un poète qui sommeille.
Quand on n'a pas le sou, ni équivalence, épouser une femme riche, c'est bassesse ; et pauvre, c'est folie.
Grande pitié de se confier dans les femmes. Et dans les hommes, plus grande, peut-être, encore. Mais ce n'est que soi, après tout, qu'on y confie.
Il ne faut pas trop blâmer l'ours de la fable : au moins tua-t-il son ami d'un seul coup.

Œuvres de Paul-Jean Toulet

Cité par Bernard Frank in le Monde du 14 mai 1986CoplesJournal de Paul-Jean TouletJournal et voyagesLa Jeune Fille verte (1920)Le carnet de monsieur du Paur, homme publicLe carnet de monsieur du Paur, homme public, 57Les Contrerimes (1979)Les Contrerimes (1979), Coples, IXLes Contrerimes (1979), Coples, LIXLes Trois Impostures (1922)Les Trois Impostures (1922), 104Les Trois Impostures (1922), 121Les Trois Impostures (1922), 140Les Trois Impostures (1922), 146Les Trois Impostures (1922), 154Les Trois Impostures (1922), 174Les Trois Impostures (1922), 18Les Trois Impostures (1922), 181Les Trois Impostures (1922), 198