Auteur

Paul-Jean Toulet

La vie est comme une grappe dont on peut extraire encore, quand elle est mûre, les vins puissants du remords et de la nostalgie.
De quoi demain sera-t-il fait ? demandait un gros poète. De quoi ? Mais comme hier, de chagrin, d'ennui, de mensonge.
Le temps qui endort le venin de l'amour rend celui de l'amour-propre plus âcre et plus corrosif.
Dans la vie, parfois, il faut savoir manquer un train.
Dans ta vie, il faut apprendre à compter ; mais non pas sur les autres.
Il n'est si capricieux climat que la vie de l'amant ou de l'artiste : soleil trempé d'averses, gloire, givre, jardins en fleurs. Vienne le soir et avec lui la sérénité d'une espèce de mélancolie heureuse, et de ces ressouvenirs qui traversent l'âme comme des oiseaux.
Le génie seul est la mesure du génie, et l'art pareil à ce creuset des alchimistes où l'on ne retrouve d'or que celui qu'on y a soi-même mis d'avance.
La vérité dans l'oeuvre d'art, c'est un certain rapport des choses entre elles ; non pas des choses à la nature.
Se frapper le coeur, sans doute, c'est le secret du génie. Mais s'il suffisait de faire souffrir les autres ? Ne leur pourrait-on pas arracher des cris aussi beaux que ceux que l'on jette soi-même dans la douleur, et que l'on noterait bien plus à son ais
Il n'est pas vrai que les artistes soient inégaux, pour être plus ou moins sensibles. La grimace y importe plus que le sentiment ; et le bonheur de l'expression, que les infortunes du coeur.
Il semble bien que les arts ne fussent à l'origine que des signes mémoriaux. Ce même roc qui nous révèle aujourd'hui la beauté, ne prétendit d'abord qu'être une borne de l'histoire.
L'invention est une fiction logique ; l'artiste celui qui invente une Inde nouvelle. Rembrandt, Watteau, Mozart nous découvrent des mondes quelque part hors du monde.
Les sculpteurs modernes en Italie. On dirait qu'ils parfont leurs statues avec une lime à ongles.
Plutôt qu'une race et même qu'une nation, la France est une idée.
On parle d'amour, de l'amour de Dieu, de l'amitié. Et l'art aussi est un autre prestige ; pour ne rien dire de la Nature, à qui l'on doit des sites bien connus. Mais tout cela ce n'est que nous, hors de nous-même.
Beauté, génie, rang ou richesse, ces plaisantins de moralistes appellent tout cela fort méprisamment le hasard de la naissance. C'est un beau hasard pour le charbon de naître diamant, et pour un homme - Bonaparte.
La charité n'est jamais perdue, pour ceux qui la font.
Le pardon n'est peut-être que la forme la plus raffinée de la vengeance.
On est plus méchant et plus lâche en rêve qu'au réveil. Et peut-être que cette vie elle-même n'est que le rêve d'une autre vie, où l'amour serait sans cruauté, l'amitié sincère ; où les croyants croiraient à leur croix, les poètes à leur délire.
Les riches jettent un peu d'or aux pauvres, comme Polycrate son anneau à la mer. C'est la rançon de l'opulence.
On doute s'il faut trouver plus risible la rêverie de ceux qui nient le pouvoir de l'or - ou plus grossière l'assurance qu'il peut tout faire ; que rien ne se fait que pour lui.
En un temps où la lutte est âpre, ce n'est plus bien sage d'attendre la fortune dans son lit ; et il n'y a guère que M. Alphonse à qui cela profite.
On parle beaucoup de mauvaise mémoire, mais c'est façon de dire. Car elle ne trompe les gens qu'à trahir leurs obligations, et enfler ce qu'ils prétendent. Où en inventeraient-ils une meilleure ?
Rien que de songer d'un autre coeur, quelquefois le coeur se soulève.
Pardonner n'est pas difficile. Mais oublier ? Le fruit tombé de tes mains, n'espère pas le ressaisir qui ne soit taché d'aucune souillure.

Œuvres de Paul-Jean Toulet

Cité par Bernard Frank in le Monde du 14 mai 1986CoplesJournal de Paul-Jean TouletJournal et voyagesLa Jeune Fille verte (1920)Le carnet de monsieur du Paur, homme publicLe carnet de monsieur du Paur, homme public, 57Les Contrerimes (1979)Les Contrerimes (1979), Coples, IXLes Contrerimes (1979), Coples, LIXLes Trois Impostures (1922)Les Trois Impostures (1922), 104Les Trois Impostures (1922), 121Les Trois Impostures (1922), 140Les Trois Impostures (1922), 146Les Trois Impostures (1922), 154Les Trois Impostures (1922), 174Les Trois Impostures (1922), 18Les Trois Impostures (1922), 181Les Trois Impostures (1922), 198