Auteur

Michel de Montaigne

Puisque la philosophie est celle qui nous instruit à vivre, et que l'enfance y a sa leçon, comme les autres âges, pourquoi ne la lui communique-t-on?
La philosophie a des discours pour la naissance des hommes comme pour la décrépitude.
Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse, c'est un homme.
Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.
Le monde n'est que babil, et ne vis jamais homme qui ne dise plutôt plus que moins qu'il ne doit.
De vrai, toute belle peinture s'efface aisément par le lustre d'une vérité simple et naïve.
Aille devant ou après, une utile sentence, un beau trait est toujours de saison.
L'éloquence fait injure aux choses, qui nous détourne à soi.
Comme aux accoutrements, c'est pusillanimité de se vouloir marquer par quelque façon particulière et inusitée; de même, au langage, la recherche des phrases nouvelles et de mots peu connus vient d'une ambition puérile et pédantesque.
La force et les nerfs ne s'empruntent point; les atours et le manteau s'empruntent.
... il n'y a tel que d'allécher l'appétit et l'affection (des enfants), autrement on ne fait que des ânes chargés de livres.
La nouvelleté des choses nous incite plus que leur grandeur à en chercher les causes.
C'est une hardiesse dangereuse et de conséquence, outre l'absurde témérité qu'elle traîne quant et soi, de mépriser ce que nous ne concevons pas.
La gloire et la curiosité sont les deux fléaux de notre âme. Celle-ci nous conduit à mettre le nez partout, et celle-là nous défend de rien laisser irrésolu et indécis.
Il n'est rien à quoi il semble que la nature nous ait plus acheminé qu'à la société.
Nous étions à moitié de tout; il me semble que je lui dérobe sa part.
C'est une religieuse liaison et dévote que le mariage; voilà pourquoi le plaisir qu'on en tire, ce doit être un plaisir retenu, sérieux et mêlé à quelque sévérité.
... chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage.
L'estimation et le prix d'un homme consiste au coeur et à la volonté.
Le vrai champ et sujet de l'imposture sont les choses inconnues. D'autant qu'en premier lieu l'étrangeté même donne crédit; et puis, n'étant point sujettes à nos discours ordinaires, elles nous ôtent le moyen de les combattre.
Je n'ai point cette erreur commune de juger d'un autre selon que je suis. J'en crois aisément des choses diverses à moi.
Or la vertu n'avoue rien que ce qui se fait par elle et pour elle seule.
Qu'on me donne l'action la plus excellente et pure, je m'en vais y fournir vraisemblablement cinquante vicieuses intentions. Dieu sait, à qui les veut entendre, quelle diversité d'images ne souffre notre interne volonté!
... chaque chose a plusieurs biais et plusieurs lustres. La parenté, les anciennes accointances et amitiés saisissent notre imagination et la passionnent pour l'heure, selon leur condition; mais le contour en est si brusque, qu'il nous échappe.
Il faut ou imiter les vicieux, ou les haïr. Tous les deux sont dangereux, et de leur ressembler par ce qu'ils sont beaucoup; et d'en haïr beaucoup par ce qu'ils sont dissemblables.

Œuvres de Michel de Montaigne

Apologie de Raymond Sebond (1937)De l'expérienceEssaisEssais (1580)Essais (1588), III, 13Essais, Au lecteurEssais, IEssais, I, 1Essais, I, 10Essais, I, 12Essais, I, 13Essais, I, 14Essais, I, 15Essais, I, 16Essais, I, 17Essais, I, 19Essais, I, 2Essais, I, 20Essais, I, 20, Que Philosopher c'est apprendre à mourirEssais, I, 21