Auteur

Michel de Montaigne

Il n'est rien si dissociable et sociable que l'homme: l'un par son vice, l'autre par sa nature.
Par quoi, ce n'est pas assez de s'être écarté du peuple; ce n'est pas assez de changer de place, il se faut écarter des conditions populaires qui sont en nous; il se faut séquestrer et ravoir de soi.
Nous avons une âme contournable en soi-même; elle se peut faire compagnie elle a de quoi assaillir et de quoi défendre, de quoi recevoir et de quoi donner; ne craignons pas en cette solitude nous croupir d'oisiveté ennuyeuse.
Et, si la douleur de tête nous venait avant l'ivresse, nous nous garderions de trop boire. Mais la volupté, pour nous tromper, marche devant et nous cache sa suite.
Je n'aime, pour moi, que les livres ou plaisants et faciles, qui me chatouillent, ou ceux qui me consolent et conseillent à régler ma vie et ma mort.
La plus contraire humeur à la retraite, c'est l'ambition. La gloire et le repos sont choses qui ne peuvent loger en même gîte.
C'est une lâche ambition de vouloir tirer gloire de son oisiveté et de sa cachette. Il faut faire comme les animaux qui effacent la trace à la porte de leur tanière.
Il y a moyen de faillir en la solitude comme en la compagnie.
De toutes les rêveries du monde, la plus reçue et plus universelle est le soin de la réputation et de la gloire ...
... il y a plus de distance de tel à tel homme qu'il n'y a de tel homme à telle bête.
Les biens de la fortune, tous tels qu'ils sont, encores faut-il avoir du sentiment pour les savourer. C'est le jouir, non le posséder, qui nous rend heureux.
... la moindre piqûre d'épingle et passion de l'âme est suffisante à nous ôter le plaisir de la monarchie du monde.
... il est bien plus aisé et plus plaisant de suivre que de guider, et que c'est un grand séjour d'esprit de n'avoir à tenir qu'une voie tracée et à répondre que de soi.
Qui ne se donne loisir d'avoir soif, ne saurait prendre plaisir à boire.
La raison nous ordonne bien d'aller toujours même chemin, mais non toutefois même train ...
... ce n'est pas victoire, si elle ne met fin à la guerre.
... c'est une violente maîtresse d'école que la nécessité.
... quand ce sont injures qui touchent au vif, elles peuvent faire aisément que celui qui allait lâchement à la besogne pour la querelle de son roi, y aille d'une autre affection pour la sienne propre.
... il n'est passion contagieuse comme celle de la peur ...
Notre bien et notre mal ne tient qu'à nous. Offrons-y nos offrandes et nos voeux, non pas à la fortune: elle ne peut rien sur nos moeurs.
Je ne pense point qu'il y ait tant de malheur en nous comme il y a de vanité, ni tant de malice comme de sottise; nous ne sommes pas si pleins de mal comme d'inanité; nous ne sommes pas si misérables comme nous sommes vils.
Car ce qu'on hait, on le prend à coeur.
Il se peut dire, avec apparence, qu'il y a ignorance abécédaire, qui va devant la science; une autre, doctorale, qui vient après la science: ignorance que la science fait et engendre, tout ainsi comme elle défait et détruit la première.
Il est peu d'hommes qui osassent mettre en évidence les requêtes secrètes qu'ils font à Dieu.
Il ne faut pas demander que toutes choses suivent notre volonté, mais qu'elles suivent la prudence.

Œuvres de Michel de Montaigne

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