Il me semble que, considérant la faiblesse de notre vie, et à combien d'écueils ordinaires et naturels elle est exposée, on n'en devrait pas faire si grande part à la naissance, à l'oisiveté et à l'apprentissage.
Auteur
Michel de Montaigne
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... l'irrésolution me semble le plus commun et apparent vice de notre nature ...
De vrai, j'ai autrefois appris que le vice, ce n'est que dérèglement et faute de mesure, et par conséquent il est impossible d'y attacher la constance.
Nous ne pensons ce que nous voulons, qu'à l'instant que nous le voulons, et changeons comme cet animal qui prend la couleur du lieu où on le couche.
Je n'ai rien à dire de moi, entièrement, simplement et solidement, sans confusion et sans mélange, ni en un mot. Distingo est le plus universel membre de ma logique.
... un fait courageux ne doit pas conclure un homme vaillant.
La superstition ... porte quelque image de pusillanimité.
... nous vivons par hasard.
Nous sommes tous de lopins et d'une contexture si informe et diverse, que chaque pièce, chaque moment fait son jeu. Et se trouve autant de différence de nous à nous-mêmes, que de nous à autrui.
Le pire état de l'homme, c'est quand il perd la connaissance et gouvernement de soi.
Tant sage qu'il voudra, mais enfin c'est un homme: qu'est-il plus caduc, plus misérable et plus de néant?
Toutes actions hors les bornes ordinaires sont sujettes à sinistre interprétation, d'autant que notre goût n'advient non plus à ce qui est au-dessus de lui, qu'à ce qui est au-dessous.
... le sage vit tant qu'il doit, non pas tant qu'il peut.
Et ce n'est pas la recette à une seule maladie: la mort est la recette à tous maux.
La vie dépend de la volonté d'autrui; la mort, de la nôtre.
C'est faiblesse de céder aux maux, mais c'est folie de le nourrir.
... quelquefois la fuite de la mort fait que nous y courons.
... c'est une maladie particulière, et qui ne se voit en aucune autre créature, de se haïr et dédaigner.
Tous les inconvenients ne valent pas qu'on veuille mourir pour les eviter.
Quiconque attend la peine il la souffre; et quiconque l'a méritée, l'attend. La méchanceté fabrique des tourments contre soi.
On se peut, par usage et par expérience, fortifier contre les douleurs, la honte, l'indigence et tels autres accidents; mais, quant à la mort, nous ne la pouvons essayer qu'une fois; nous y sommes tous apprentis quand nous y venons.
Combien facilement nous passons du veiller au dormir! Avec combien peu d'intérêt nous perdons la connaissance de la lumière et de nous!
Plusieurs choses nous semblent plus grandes par imagination que par effet.
... à la vérité, pour s'apprivoiser à la mort, je trouve qu'il n'y a que de s'en avoisiner.
De dire moins de soi qu'il n'y en a, c'est sottise, non modestie. Se payer de moins qu'on ne vaut, c'est lâcheté et pusillanimité, selon Aristote.
Œuvres de Michel de Montaigne
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