Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit; la vie est beaucoup plus au passé qu'au présent.
Auteur
Marguerite Yourcenar
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Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel.
De tous les remords de l'homme, le plus cruel peut-être est celui de l'inaccompli.
Mais le bonheur est fragile, et quand les hommes ou les circonstances ne le détruisent pas, il est menacé par des fantômes.
Quand je pense que des idiots prétendent que notre époque manque de poésie, comme si elle n'avait pas ses surréalistes, ses prophètes, ses stars de cinéma et ses dictateurs.
Qu'il est reposant de penser que l'oubli est moins prompt, moins total qu'on ne suppose, et qu'il y a encore un endroit au monde où une dynastie du temps des Croisades se survit dans les prières de quelques vieux prêtres!
Et puisque tes lentes cadences - Rythment le pouls des soirs d'été, - Fais-nous croire que les cieux dansent - Parce qu'un aveugle a chanté.
C'est déjà beaucoup que l'événement ait fait table rase des motivations traditionnelles, des prétextes héroïques ou utilitaires sur lesquels ils s'appuyaient pour agir ou juger, et que les visages aient dévoré les masques.
Tu attaches trop d'importance à la pureté, froide Electre... Deux corps exposés aux mêmes risques peuvent rouler ensemble sur un lit avec autant d'innocence qu'au fond d'une même fosse.
Je ne sentais ni le froid ni l'hiver ni le chaud de l'été. J'avais mes saisons à moi, mon noir soleil, mes fruits empoisonnés, mûrissant à des treilles secrètes.
Mais j'ai aimé Oreste de cet amour fort et niais, maladroit et fou, qui fait que les pleurs d'un enfant sont une musique et qu'on ne sent pas l'odeur des langes.
Décide, ami. On choisit son père plus souvent qu'on ne pense. Décide lequel des deux tu préfères haïr.
La plupart des hommes qui comptent dans l'histoire ont des rejetons médiocres, ou pires que tels : ils semblent épuiser en eux les ressources d'une race. La tendresse du père est presque toujours en conflit avec les intérêts du chef.
Ce jour est doux et le souci frivole - Cueille la rose au bord de ton chemin. - L'oiseau Bonheur s'est posé sur ta main - Caresse-le avant qu'il ne s'envole. - Ce jour est doux... Que t'importe demain ?
Je me suis toujours beaucoup méfiée de l'actualité, en littérature, en art, dans la vie. Du moins, de ce que l'on considère comme l'actualité, et qui n'est souvent que la couche la plus superficielle des choses.
Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit ; la vie est beaucoup plus au passé qu'au présent. Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel.
Tout ce qui est provoqué et voulu est en partie faux.
L'intimité des corps, qui n'exista jamais entre nous, a été compensée par ce contact de deux esprits étroitement mêlés l'un à l'autre.
La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneur des morts qu'ils ont cessé de chérir.
Je pense souvent à la belle inscription que Plotine avait fait placer sur le seuil de la bibliothèque établie par ses soins en plein Forum de Trajan : Hôpital de l'âme.
Chacun de nous est son seul maître et son seul adepte. L'expérience se refait chaque fois à partir de rien.
Un jour, Dieu effacera du coeur des hommes toutes les lois qui ne sont pas d'amour.
Vous autres poètes vous avez fait de l'amour une immense imposture : ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées comme deux bouches l'une sur l'autre.
L'homme est une entreprise qui a contre elle le temps, la nécessité, la fortune, et l'imbécile et toujours croissante primauté du nombre. Les hommes tueront l'homme.
On se fait à la férocité des lois de son siècle, comme on se fait aux guerres suscitées par la sottise humaine, à l'inégalité des conditions, à la mauvaise police des routes et à l'incurie des villes.
Œuvres de Marguerite Yourcenar
Alexis ou le Traité du vain combat (1929)Alexis ou le Traité du vain combat (1929), PréfaceAnna, soror (1981)Archives du Nord (1977)Dans Le Journal du dimanche, 2 décembre 1984.Denier du rêveElectre ou la Chute des masques (1954), Avant-ProposElectre ou la Chute des masques (1954), I, 2, PyladeElectre ou la Chute des masques (1954), I, 4, ElectreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 1, ClytemnestreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 4, PyladeElectre ou la Chute des masques, II, 4, Pylade à OresteEn pèlerin et en étranger (1989)Feux (1936)L'Oeuvre au noir (1968)Le Coup de grâce (1939)Le Labyrinthe du monde, I - Souvenirs pieux (1974)Le Labyrinthe du monde, II - Archives du Nord (1977)Le Labyrinthe du monde, III - Quoi ? L'Eternité (1988)Le Temps, ce grand sculpteur (1983)