Œuvre
Les Yeux ouverts (1980)
Quand on aime la vie, on aime le passé parce que c'est le présent tel qu'il a survécu dans la mémoire humaine.
Bien plutôt qu'anthropomorphiser l'animal, l'homme a choisi le plus souvent de se sacraliser en s'animalisant.
Il y a cette immense liberté de l'animal, enfermé certes dans les limites de son espèce, mais vivant sans plus sa réalité d'être, sans tout le faux que nous ajoutons à la sensation d'exister.
Tout part de l'homme. C'est toujours un homme seul qui fait tout, qui commence tout.
Je crois qu'il faut presque toujours un coup de folie pour bâtir un destin.
C'est une constante de ma pensée; je crois à l'énorme part de hasard en tout.
Un personnage créé par nous ne meurt plus, pas plus que ne meurent dans ce sens nos amis morts.
Dès qu'il y a sympathie (ce mot si beau qui veut dire «sentir avec...») commencent à la fois l'amour et la bonté.
Je crois d'ailleurs que l'amitié, comme l'amour dont elle participe, demande presqu'autant d'art qu'une figure de danse réussie. Il y faut beaucoup d'élan et beaucoup de retenue, beaucoup d'échanges et de paroles et beaucoup de silences.
Il y a très peu de gens qui ont vraiment envie de faire passionnément quelque chose; la violence devient un dérivatif.
Un être jeune doit oublier et doit vivre. Ce n'est que beaucoup plus tard dans ma vie que mon père est redevenu pour moi une pensée assez constante.
Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit; la vie est beaucoup plus au passé qu'au présent.
Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel.
Je me suis toujours beaucoup méfiée de l'actualité, en littérature, en art, dans la vie. Du moins, de ce que l'on considère comme l'actualité, et qui n'est souvent que la couche la plus superficielle des choses.
Quand on parle de l'amour du passé, il faut faire attention, c'est de l'amour de la vie qu'il s'agit ; la vie est beaucoup plus au passé qu'au présent. Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel.
Tout ce qui est provoqué et voulu est en partie faux.
On voyage pour contempler ; tout voyage est une contemplation mouvante.
L'être fuit, le moi est poreux ; s'en faire une image globale relève de la pure illusion.
Et puis la mer aère, tout de même. On a le sentiment d'être sur une frontière entre l'univers et le monde humain.
C'est la sagesse qui nous préserve de l'abus de puissance.
On a mésusé de Nietzsche : Ce n'est pas une raison pour ignorer sa grandeur.