Auteur

Marguerite Yourcenar

Je n'ai jamais regardé volontiers dormir ceux que j'aimais ils se reposaient de moi, je le sais ils m'échappaient aussi.
Je ne crois pas comme ils croient, je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment... Je mourrai comme ils meurent.
Je pensais avec un serrement au coeur, que rien n'est plus lent que la véritable naissance d'un homme.
Et jamais plus il ne reparla de cet aveu. Il était difficile de savoir s'il était singulièrement fin, ou seulement très lourd.
L'important était de recueillir le peu qu'il filtrerait du monde avant qu'il fit nuit, d'en contrôler le témoignage et, s'il se pouvait, d'en rectifier les erreurs. En un sens, l'oeil contrebalançait l'abîme.
Il est étrange que pour nos chrétiens les prétendus désordres de la chair constituent le mal par excellence. Personne ne punit avec rage et dégoût la brutalité, la sauvagerie, la barbarie, l'injustice.
Peut-être n'est-il dans nos mains qu'une petite flamme qu'il dépend de nous d'alimenter et de ne pas laisser éteindre peut-être sommes-nous la pointe la plus avancée à laquelle Il parvienne...
Je ne savais pas que la douleur contient d'étranges labyrinthes, où je n'avais pas fini de marcher.
Le bachelier eut dans cette soupente ces doutes, ces tentations, ces triomphes et ces défaites, ces pleurs de rage et ces joies de la jeunesse que l'âge mur ignore ou dédaigne, et dont lui-même ne garda par la suite qu'un souvenir entaché d'oubli.
On a mésusé de Nietzsche : Ce n'est pas une raison pour ignorer sa grandeur.
Henri-Maximilien Ligre : On est bien que libre, et cacher ses opinions est encore plus gênant que de couvrir sa peau.
Mais la mort changeait peu de choses à cette intimité qui depuis des années se passait de présence l'impératrice restait ce qu'elle avait toujours été pour moi : un esprit, une pensée à laquelle s'était mariée la mienne.
J'ai utilisé de mon mieux mes vertus, j'ai tiré parti de mes vices.
Mon cher Marc, je suis descendu ce matin chez mon médecin Hermogène, qui vient de rentrer à la Villa après un assez long voyage en Asie. L'examen devait se faire à jeun : nous avions pris rendez-vous pour les premières heures de la matinée.
Les livres divaguent et mentent comme les hommes...
Pour moi, je comprenais mal qu'on quittât volontairement un monde qui me paraissait beau, qu'on n'épuisât pas jusqu'au bout, en dépit de tous les maux, la dernière possibilité de pensée, de contact, et même de regard. J'ai bien changé depuis.
Depuis son veuvage, personne n'avait soupçonné les rendez-vous dangereux donnés à Kostis pendant les nuits sans lune, de sorte qu'au plat de sa joie avait manqué le piment d'un spectateur.
Il en était des opinions comme des êtres : elles rentraient bientôt dans un catégorie établie d'avance.
A vingt ans, il s'était cru libéré des routines ou des préjugés qui paralysent nos actes et mettent à l'entendement des oeillères, mais sa vie s'était passée ensuite à acquérir sou par sou cette liberté dont il avait cru d'emblée posséder la somme.
Je me disais que seules deux affaires importantes m'attendaient à Rome l'une était le choix de mon successeur, qui intéressait tout l'empire l'autre était ma mort, et ne concernait que moi.
Sébastien Théus avait su par son infirmier quelque chose des débauches dans l'étude, sans avoir accompli son devoir, qui était de dénoncer.
Où me sauver ? Tu emplis le monde. Je ne puis te fuir qu'en toi.
Le véritable lieu de naissance est celui où l'on a porté pour la première fois un coup d'oeil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été les livres
Quand je considère ma vie, je suis épouvanté de la trouver informe.
En ce qui me concerne, j'étais à peu près à vingt ans ce que je suis aujourd'hui, mais je l'étais sans consistance. Tout en moi n'était pas mauvais, mais tout pouvait l'être : le bon ou le meilleur étayait le pire.

Œuvres de Marguerite Yourcenar

Alexis ou le Traité du vain combat (1929)Alexis ou le Traité du vain combat (1929), PréfaceAnna, soror (1981)Archives du Nord (1977)Dans Le Journal du dimanche, 2 décembre 1984.Denier du rêveElectre ou la Chute des masques (1954), Avant-ProposElectre ou la Chute des masques (1954), I, 2, PyladeElectre ou la Chute des masques (1954), I, 4, ElectreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 1, ClytemnestreElectre ou la Chute des masques (1954), II, 4, PyladeElectre ou la Chute des masques, II, 4, Pylade à OresteEn pèlerin et en étranger (1989)Feux (1936)L'Oeuvre au noir (1968)Le Coup de grâce (1939)Le Labyrinthe du monde, I - Souvenirs pieux (1974)Le Labyrinthe du monde, II - Archives du Nord (1977)Le Labyrinthe du monde, III - Quoi ? L'Eternité (1988)Le Temps, ce grand sculpteur (1983)