Auteur

Marcel Jouhandeau

Prenez garde, me dit-il, jamais le Ciel n'est plus serein qu'à l'approche des orages.
Mieux vaut mourir d'un excès de vigueur que d'un manque de vitalité.
Mieux vaut d'être haï par un doux qu'aimé par un cruel.
Mieux vaut d'avoir tous les vices que de n'en avoir aucun; mieux vaut vivre que de faire semblant.
Mieux vaut d'avoir tous les vices que de n'en avoir qu'un seul: ils s'entre-dévoreront.
L'Homme n'a pas été créé pour le chagrin, mais pour la Liesse et l'Exaltation et ce n'est que faute de connaître ses ressources infinies que l'on manque d'être heureux en ce monde et dans l'Autre.
Sourire est notre dernière politesse, la suprême coquetterie, l'ultime parure de nos visages.
Faire l'amour, c'est une tentative désespérée de deux êtres distincts pour s'anéantir l'un dans l'autre par une sorte de fusion qui n'est qu'effusion.
L'amour, c'est d'apprendre par coeur le corps et l'âme de quelqu'un.
Il y a des couples heureux, des moitiés qui se respectent mutuellement. D'ailleurs, j'ai eu beau ne pas me séparer de ma femme et souffrir de ses empiétements, sur divers plans je me suis toujours conduit comme un célibataire.
C'était mon premier grand départ. Si voyager seul, c'est voyager avec le Diable, je me félicite de l'avoir fait.
Savoir aimer, ce n'est pas aimer. Aimer, c'est ne pas savoir.
On est toujours pire et meilleur qu'on ne croit.
Savoir aimer, c'est ne pas aimer.
Aimer, c'est ne pas savoir. Misère et grandeur de l'homme: qu'on ne sache pas ce qu'on aime dans ce qu'on aime.
Le coeur, en s'éveillant, appelle, aveugle, le secours des yeux qui s'ouvrent lentement et appellent à leur tour le secours de la lumière qui s'éveille encore plus lentement.
L'amour fait le vide autour d'un seul visage.
Aime-t-on vraiment quelqu'un ? Tout le reste n'existe plus.
Aimer, c'est subjectivement l'abolition du monde au profit de quelqu'un.
Pouvoir d'affirmation de l'amour. On s'arroge le droit et le pouvoir de faire un dieu, de réaliser à son usage une sorte d'apothéose privée.
C'est ma faute, mais j'honore ma faute et je fais en sorte que ma faute m'honore.
On n'est chez soi qu'heureux.
Le niveau moral de notre vie n'a rien de commun avec la gravité ou la nature de nos fautes. C'est la manière de se comporter bien ou mal dans le mal aussi bien que dans le bien qui nous classe.
Le mal et le bien n'ont de rapport en nous qu'avec les autres.
Celui qui aime songe au rien qu'on lui refuse, quand on lui a déjà presque tout donné.

Œuvres de Marcel Jouhandeau

Algèbre des valeurs morales (1935)Chaminadour (1934-1941), Contes brefs, Le maréchal-ferrantChroniques maritalesChroniques maritales (1938)De l'abjection (1939)De la grandeurDu Pur Amour (1970)Ecrits secrets (1988), II - Carnets de Don JuanEloge de l'imprudenceEloge de l'imprudence (1931)Eléments pour une éthique (1955)Essai sur moi-mêmeJeux de miroirs (1965-1966)Journal sous l'occupation (1980)Journal sous l'occupation (1980), La courbe des angoissesJournaliersJournaliers XXI, 1966-1967, Orfèvre et sorcierL'ImposteurLa Jeunesse de ThéophileLa Jeunesse de Théophile (1921)