Auteur

Marcel Jouhandeau

On peut décréter et ressentir sa mort, sans attenter à sa vie. La mort est un état d'âme.
N'est-ce pas avoir assez vécu que de mourir sans regret?
C'est quand on a tout donné, quand on ne tient plus à rien qu'on possède tout.
Vivre, c'est naître sans cesse. La mort n'est qu'une ultime naissance, le linceul notre dernier lange.
Aimer, la meilleure préparation à la mort.
Le vieil archiprêtre, ses cheveux plus blancs que l'aminct ... dirigeait à travers les nefs et les chapelles la procession.
On connaît mieux quelqu'un par l'histoire de ses ascendants que pour l'avoir pratiqué lui-même.
La robe rose de soie brochée traînait-elle dans la boue? On la laissait faire. Si le volant de la balayeuse se détachait pour se tordre longtemps derrière elle, on n'en avait cure.
Le lit se blotissait très simplement contre le mur sous les roses noires d'une satinette rouge damassée.
Voilà: ma vie est tellement mêlée à la sienne que, quoi que j'en aie, tout ce qui lui arrive m'époinçonne.
La sainteté n'est peut-être que le comble de la politesse.
Rien ne rend plus léger parfois qu'une certaine horreur de soi.
Le Mal se présente d'abord comme une difficulté, comme une épreuve, comme une tentation et puis se révèle comme une habitude, comme une servitude, comme une nécessité, comme une tare.
Le reflet de ce qu'on aime se répand sur le monde comme une ombre lumineuse; ombre parce qu'elle couvre les choses. Aimer, c'est n'avoir plus droit au soleil de tout le monde. On a le sien.
Le cheval était en honneur alors et les vétérinaires si rares que le maréchal-ferrant qui les suppléait, même dans les villes, usurpait en même temps qu'un peu de leur art un peu de leur dignité.
Ceux qui peuvent haïr ou songer à se venger ne savent pas ce que c'est que le coeur, ne savent pas ce que c'est que d'aimer. Le coeur sous le sarcasme de ceux qui le broient aime toujours.
En amour, ce que je cherche, ce n'est ni tout à fait l'amour, ni la beauté, ni le plaisir, mais une sorte de défi à l'orgueil et l'occasion de vaincre quelqu'un par une suprême élégance du coeur.
Aimer et haïr, ce n'est qu'épuiser avec passion l'être d'un être. J'ai répondu que cette pensée est peut-être de moi, mais qu'elle ne saurait s'appliquer à moi, attendu que je ne sais ce que c'est que la haine.
L'inoubliable, c'est la beauté d'un visage souriant et serein.
Sans doute l'homme ne mérite-t-il d'être intégralement ni un objet d'amour ni un objet de haine pour l'homme? Bien connaître quelqu'un, c'est l'avoir aimé et haï. Aimer et haïr, ce n'est qu'éprouver avec une passion singulière l'être.
La volupté est une comédie sérieuse qui réserve parfois des surprises idylliques, j'allais écrire lyriques. L'amour, un drame dont l'enjeu est l'infini et qui oscille longtemps entre un compromis avec la raison et une folie mortelle.
Théophile ne parlait jamais avec les siens pour parler. On ne savait pas chez lui prendre son plaisir aux paroles. Les gens du peuple ne parlent que pour nuire ou être utiles.
Chacun sous prétexte d'aimer n'aime que soi. Pour l'avare l'amour est un intérêt, l'être aimé un capital. Un être bon aime bonnement, un être égoïste égoïstement, un être méchant méchamment. Tout amour porte les tares de celui qui aime.
D'avoir mis deux ans mon intelligence en friche, grâce aux supercheries de la Perfection, je n'étais que plus apte à tout apprendre (je dévorais) et à tout comprendre.
Peut-être ai-je voulu dire que l'urgence de Dieu est plus sensible, en son absence, dans le trouble que dans la sérénité. La bonté consiste à vivre avec ceux qui nous ont meurtris, comme si de rien n'était.

Œuvres de Marcel Jouhandeau

Algèbre des valeurs morales (1935)Chaminadour (1934-1941), Contes brefs, Le maréchal-ferrantChroniques maritalesChroniques maritales (1938)De l'abjection (1939)De la grandeurDu Pur Amour (1970)Ecrits secrets (1988), II - Carnets de Don JuanEloge de l'imprudenceEloge de l'imprudence (1931)Eléments pour une éthique (1955)Essai sur moi-mêmeJeux de miroirs (1965-1966)Journal sous l'occupation (1980)Journal sous l'occupation (1980), La courbe des angoissesJournaliersJournaliers XXI, 1966-1967, Orfèvre et sorcierL'ImposteurLa Jeunesse de ThéophileLa Jeunesse de Théophile (1921)