Auteur

Louise Ackermann

Lorsque les poètes lyriques parviennent à la postérité, ils ont perdu leur gros bagage en route. Ils arrivent équipés à la légère, quelques pièces en main. Cette même postérité, dont la mémoire est surchargée d'ailleurs, ne retient d'eux que les choses courtes, mais achevées et surtout senties.
La meilleure manière d'être revenu de bien des choses, c'est de n'y être jamais allé.
Quand on ouvrirait aux femmes les portes de toutes les libertés, comme quelques-unes le réclament, les honnêtes et les sages ne voudraient pas entrer.
J'ai autant que possible évité de parler de moi dans mes vers. Faire de la poésie subjective est une disposition maladive, un signe d'étroitesse intellectuelle. D'ailleurs, tout poète qui ne pense qu'à lui sera bientôt à bout de chants et de cris. C'est au nom de la Nature, c'est surtout au nom de l'Humanité qu'il faut élever la voix. Ces sources d'inspiration sont les seules vraiment profondes et intarissables.
Fatalité ! voilà le mot de l'univers, depuis l'atome invisible jusqu'à l'homme. Prononcer celui de Liberté, c'est n'avoir aucune idée des lois inflexibles qui enchaînent toutes les manifestations de l'être.
Quand on vit au milieu des bruits du monde, il faut que la voix intérieure qui s'appelle la poésie parle bien haut en nous pour que nous puissions l'entendre. Dans la solitude, nous saisissons son moindre murmure.
Il y a chez la femme une certaine façon d'aimer la musique qui passe facilement de l'art au virtuose.
La poésie d'Hugo a fait une telle consommation d'images, qu'il y aurait vraiment lieu de se demander s'il en restera encore pour les poètes à venir.
Mon mari n'eût pas souffert que sa femme se décolletât, à plus forte raison lui eût-il défendu de publier des vers. Écrire, pour une femme, c'est se décolleter ; seulement il est peut-être moins indécent de montrer ses épaules que son coeur.
Dans la société, la femme n'existe qu'en vue et au profit de l'homme. Sans elle, ce dernier n'aurait ni famille ni foyer. Qu'elle se renferme donc dans les devoirs de sa destinée ; elle y trouvera les seuls bonheurs possibles pour elle, et surtout toutes les dignités.
L'écrivain n'a pas seul le privilège des belles imaginations et des hautes pensées. Parmi cette foule qui s'achemine silencieusement à la mort, combien auraient pu étonner le monde par la profondeur de leurs vues et les merveilles de leurs conceptions ! Une occasion leur a manqué, et les voilà dévolus à l'oubli.
La vie est comme la journée : elle a ses heures mortes.
Ma flamme poétique, quand par hasard elle s'allume, n'est jamais de longue durée. Après avoir flambé un moment, mon feu s'éteint. J'aurais été une bien mauvaise vestale.
Il y a deux sortes de bons sens dans la vie : le petit et le grand bon sens. Le premier n'est que l'entente des intérêts ; l'autre est l'intelligence des devoirs et de la destinée.
Qui n'est rien ou n'a rien n'existe pas. Être et avoir sont deux verbes aussi nécessaires dans la vie que dans la grammaire. Ils sont partout les seuls auxiliaires.
Le vrai poète se reconnaît à ceci : tout lui dit. Il s'en est fallu de bien peu que rien ne m'ait dit.
Les causeurs sont des prodigues. Causer, c'est jeter son esprit par la fenêtre.
Il y a une façon définitive de dire les choses ; elle n'appartient qu'aux grands écrivains. Après eux, il n'y a plus à y revenir.
Tout est pour le pire dans le plus mauvais des mondes possibles. Ce n'est pas à la porte de l'enfer, mais à celle de la vie qu'il faudrait écrire : Lasciate ogni speranza.

Œuvres de Louise Ackermann

Pensées d'une solitaire (1903)Poésies philosophiques