Un bon mariage serait celui où l'on oublierait, le jour, qu'on est amants, la nuit, qu'on est époux.
Un ménage est bien accordé où les deux époux ressentent en même temps le besoin de la querelle.
Nous n'aimons point qu'on dise du mal de notre femme, ni trop de bien.
Le mariage, comme la captivité, enrage ou domestique.
La difficulté est pareille de vivre avec l'être qu'on aime et d'aimer l'être avec qui l'on vit.
Le mariage est trop décrié pour n'avoir pas beaucoup de bon.
Tant de liberté, en art, pour n'en faire que si peu de chose!
Montesquieu disait qu'il n'admirait pas la voix des castrats, parce que, s'ils chantent bien, c'est qu'ils ont été «faits pour cela». De par les soins de la biologie, il y aura de plus en plus de gens qui auront été «faits pour cela».
Je vois beaucoup de gens qui ont de la maturité politique, j'en vois moins qui ont la maturité humaine.
J'aimerais mieux une société qui ne mît pas à mort un Landru et qui n'en fît pas un héros de cinéma.
J'en ai assez de réclamer, pour de hauts esprits, les miettes d'une renommée qui va si copieusement à des pitres.
Robert Chambers - qui avant Darwin, avait proposé une théorie de l'évolution - portait six doigts à chaque main. Est-ce pure coïncidence si sa théorie assimile les progrès évolutifs à d'heureuses monstruosités?
Science sans conscience, on nous l'a assez répété dans les écoles, est promesse de ruine, mais qu'apporte à l'homme la science même consciencieuse? Comment savoir s'il vaut mieux agir que s'abstenir ou vice-versa?
Je croyais qu'un savant était toujours un homme qui cherche une vérité, alors que c'est souvent un homme qui vise une place.
Que de vérité peut être meurtrie sans qu'un seul mensonge ait été proféré! C'est déjà quelque chose que de respecter, chez autrui, son respect de la vérité. Sortant de certaines bouches, la vérité elle-même a mauvaise odeur.
Quatre-vingts pour cent des délinquants sont issus de parents misérables. Au point que le professeur Heuyer peut écrire: «La délinquance infantile n'a pas des causes morales, mais des causes sociales.»
S'il y a péril à se marier par amour, ce n'est pas seulement que l'amour passe, c'est aussi qu'il arrive de durer.
A chacun son contre-néant. L'idée de la mort glisse sur moi quand je regarde certains visages ou quand je manipule mes crapauds.
La société a sans doute le droit de se protéger contre les protoplasmes antisociaux; mais il faut bien qu'elle sache que, lorsqu'elle croit châtier un homme, elle ne punit jamais qu'un oeuf ou des circonstances.
Le biologique ignore le culturel. De tout ce que l'homme a appris, éprouvé, ressenti au long des siècles, rien ne s'est déposé dans son organisme, rien n'a passé dans sa bête.
J'aime qu'on suffoque dans la raison, mais qu'on s'y tienne.
C'est l'innocent forfait de la nature que d'avoir composé les êtres avec la substance des choses.
La seule chose qu'on peut embellir sans qu'elle en périsse, c'est la vérité.
Tout ce que nous pouvons pour nos enfants, c'est de bien choisir leur mère.
Quand Nietzsche écrivait que la bonté des singes lui faisait douter que l'homme en eût pu descendre, il s'illusionnait sur les qualités de ces quadrumanes avides, cruels et lubriques. Ce sont bien les aïeux qu'il nous fallait.
Œuvres de Jean Rostand
Carnet d' un biologiste (1959)Carnet d'un biologiste (1959)Carnet d'un biologiste (1959) (Cueille le jour... Non : Cueille la minute.)Ce que je crois (1953)De la vanité, Fasquelle, 1925Esquisse d'une histoire de la biologie (1945)Esquisse d'une histoire de la biologie (1945), ConclusionInquiétudes d'un biologiste (1967)Journal d'un caractère (1931)Julien ou Une conscience (1928)L'HommeL'Homme, VIL'homme (1962)La Loi des riches (1920)La Vie et ses problèmes (1939)Le Mariage (1927)Maternité et biologieNouvelles pensées d'un biologiste (1947)Pages d'un Moraliste (1952)Pensées d'un biologiste (1939)