Œuvre
Pensées d'un biologiste (1967)
Il est plus facile de mourir pour ce qu'on croit que d'y croire un peu moins.
La science a fait de nous des dieux avant même que nous méritions d'être des hommes.
On tue un homme, on est un assassin. On tue des millions d'hommes, on est un conquérant. On les tue tous, on est un dieu.
Qu'il faut donc aimer quelqu'un pour le préférer à son absence!
Tous les espoirs sont permis à l'homme, même celui de disparaître.
La beauté, en art, n'est souvent que de la laideur matée.
Bon gré mal gré, l'on vit de ce que l'on nie.
Ce héros est peut-être bien coupable de n'être pas allé plus haut dans la vertu, ce scélérat bien méritant de n'être pas allé plus bas dans le crime.
Ce que tu redoutes n'arrivera pas, il arrivera pire.
De ce que rien n'est intelligible, il ne s'ensuit pas le droit de conjecturer l'absurde.
Etre adulte, c'est être seul.
La grandeur, pour se faire reconnaître, doit souvent consentir à imiter la grandeur.
L'homme étouffe dans l'homme.
Il est dans la tolérance un degré qui confine à l'injure.
Il est des écrivains si suspects qu'ils arriveraient à nous faire prendre des lanternes pour des vessies.
Il m'arrive de me demander si deux erreurs qui se combattent ne sont pas plus fécondes qu'une vérité qui régnât sans conteste.
Il y a bien quelque puérilité dans le goût de la grandeur.
Les injustes dédains nous poussent à briguer d'indignes estimes.
La nature, dans l'homme, s'épanouit et se désavoue. L'homme, ce singe dénaturé ...
Ne pas croire qu'une chose existe parce qu'il serait trop horrible qu'elle n'existât pas. Il n'y a pas de preuve par l'horrible.
Réfléchir, c'est déranger ses pensées.
La seule chose qu'on ne peut embellir sans qu'elle en périsse, c'est la vérité.
Un bon partisan doit savoir prendre les nécessités de la manoeuvre pour les exigences de la justice.
Un mensonge peut être moins mensonger qu'une vérité bien choisie.
Le vieillissement est d'autant plus actif que l'être est plus jeune. Ce qui vieillit le moins vite, c'est le vieillard.