Auteur

Jean-Christophe Rufin

La guerre aux pauvres, j'en suis sûre, c'est l'ultime étape de cette aventure magnifique de l'Homme moderne qui a produit autant de destruction que de richesse, et qui, après avoir créé la misère et l'avoir rejetée, s’apprête maintenant à lui faire la guerre.
Un mensonge est d’autant plus facile à fabriquer qu’il met en jeu des stéréotypes. Il est plus naturel pour un Russe de se faire passer pour un prince déchu ou un mafieux que pour un honnête chef d’entreprise. Un Français n’aura aucune peine à expliquer les actes les plus rocambolesques en invoquant une affaire d’adultère. Aux Américains, il échoit d’inventer des histoires mettant en jeu un défi technologique, un grand idéal un peu niais et beaucoup d’argent.
Il faut rendre à sa terre sa respiration. L'espèce humaine ruisselle sur les continents comme un déluge. Elle recouvre toutes les autres formes de vie
Chaque jour, les humains se rendent coupables à l’égard des animaux d’actes qui, appliqués aux hommes, s’appelleraient meurtre, torture, esclavage. On tue des bêtes pour les manger, on sacrifie des animaux de laboratoire pour la recherche, on enferme des singes dans des cages leur vie durant pour les montrer aux enfants. Ce sont des crimes spécistes particulièrement odieux.
La foi n’a rien avoir avec la raison. Les grandes choses ne se font que dans la soumission aveugle, une fois passée la première illumination de la conversion.
Dans l’univers du renseignement, tout le monde s’efforce de prendre l’air menaçant ou préoccupé. Mais, en réalité, ce qui domine c’est le plaisir assez enfantin de jouer.
Il avait ce teint particulier aux vrais parisiens qui s’accorde à la couleur de leurs pavés et peut varier, au gré des émotions qu’ils expriment, du blanc des façades en pierre au gris plombé des toitures de zinc.
Le choléra est la face cachée de l'aventure humaine. À mesure que nous nous sommes répandus sur le globe, que nous avons conquis notre place dans le monde, domestiqués les éléments, le choléra est venu nous rappeler les limites de notre force et de notre courage. À ceux qui peuvent se croire quittes avec le progrès, il vient sans cesse en encaisser le prix. Il règne sur les laissés-pour-compte de la misère, sur les sacrifiés de nos batailles, sur toutes les victimes de notre audace conquérante.
Le choléra, c'est la conscience de nos échecs, le témoin de nos faiblesses, le symbole de la terre à laquelle nous ne cessons d'appartenir, même quand notre esprit croit pouvoir s'envoler vers le ciel des idées, du progrès, de l'immortalité.
La France est sans doute le pays du monde où le débat écologique est le plus mou. Les écolos français sont immergés jusqu’au cou dans le jeu politique. Ils ont pris goût au pouvoir et pratiquent le compromis de façon écœurante. Même ceux qui restent en dehors et se prétendent libres, comme les militants de Greenworld, sont effrayés dès que leurs actions les mènent un peu trop loin.
Dans un lit, on apprend à ne plus craindre. Il y avait des faiblesses en lui qu’elle n’oubliait pas.
Les politiques prennent des engagements et, derrière, les services traînent les pieds. Ils n’aiment pas trop exposer leurs agents. Même si nous faisons partie du même monde, pour eux, nous sommes des étrangers. Ils ne veulent pas griller une couverture pour nous faire plaisir.
L’urgence, le secret agissaient en véritables détergents. Tout ce qui n’est pas essentiel s’en va instantanément, dès que l’esprit est entraîné vers Tailleurs de l’action. Les amitiés reprennent leur place, relative. Les ennuis aussi, heureusement.
Ce que l’on a fait à vingt ans ne s’oublie jamais.
Tous les êtres vivants ont des droits, qu’ils soient beaux ou repoussants, domestiques ou sauvages, comestibles ou non.

Œuvres de Jean-Christophe Rufin

Check-point (2015)Globalia (2005)Immortelle randonnée - Compostelle malgré moi (2013)Katiba (2010)L'Abyssin (1997)Le Grand Coeur (2012)Le collier rouge (2014)Le parfum d'Adam (2007)Rouge Brésil (2001)Sauver Ispahan (1998)Sept histoires qui reviennent de loin (2011)