Œuvre
Rouge Brésil (2001)
C'était une femme qui, comme lui, semblait avoir bataillé sans répit jusqu'à cet âge de la cinquantaine où le combat cesse d'appeler le combat et met sur le visage une expression de lassitude et de sérénité.
La vérité est que l'homme déchu est souillé d'une proportion variable de péché. Certains sont encore perfectibles mais d'autres sont au-delà du rachat. Ils incarnent le mal, voilà tout.
L'espoir est omnivore : qu'on lui refuse la nourriture qu'il attend et il se contentera d'une autre, pourvu qu'elle l'aide à survivre.
On ne se trompe jamais en conférant à quelqu'un le grade qu'il n'a pas atteint. Celui qui bénéficie de cette erreur est tout prêt à la pardonner, en pensant que le flatteur a simplement un peu d'avance.
Leurs cheveux pouvaient bien grouiller de poux, leurs gencives saigner, leurs ventres crier dans le vide, ils avaient l'éclatante santé des rêveurs.
C'était une de ces journées des tropiques où les bleus semblent vouloir montrer qu'ils sont assez nombreux pour se partager l'univers : bleu-blanc du ciel, bleu-vert de l'horizon, bleu-violet de la mer et bleu-gris de l'écume.
Regarde-les se déchirer pour savoir si Dieu est encore dans l'hostie ou s'il n'est nulle part... Ils l'ont chassé de sa création et voilà qu'ils ergotent pour lui accorder encore une petite place.
La baie de Guanabara c'est ainsi que les indigènes la nomment. Les Portuguais y sont entrés il y a cinquante ans, un jour de janvier. Ces ignorants croyaient qu'il s'agissait d'une rivière : ils l'ont nommée la rivière de janvier, Rio de Janeiro.
On ne savait au juste pourquoi l'on devenait huguenot ou papiste, mais, une fois qu'on avait choisi son espèce, il n'était plus question d'en changer.
Cruelle, l'épidémie eut cependant la bonté d'emporter d'abord les deux charlatans qui faisaient office de guérisseurs. En sorte que si les colons eurent à subir les tourments de la maladie, ceux de la médecine leur furent épargnés.