Œuvre

Immortelle randonnée - Compostelle malgré moi (2013)

Le pas, c'est bien connu, agit sur la pensée comme un vilebrequin : il l'ébranle, la met en route, reçoit en retour son énergie. On avance à l'allure de ses songes et, quand ils sont lancés à plein régime, on court presque.
La foi apparaît comme une alternative à la régression animale qui menace si concrètement. Etre homme, ce serait connaître Dieu ou, à tout le moins, le chercher. L'animal poursuit sa proie ; l'être humain court après son salut. Tout s'éclaire.
Le bonheur du chemin est fait de ces instants qu'ignoreront toujours ceux qui roulent à grande vitesse, là-haut, sur la chaussée sans obstacle du présent.
L'extrême humilité est une des voies de l'orgueil.
A la différence d'organes plus intimes que la pudeur incite à ne pas exposer, les pieds sont assez volontiers montrés en public. On les exhibe sous le nez des biens-portants, afin de recueillir d'eux un avis.
En Cantabrie, le marcheur prend conscience pour la première fois qu'il est lui-même un déchet.
Pour le dire d'une formule qui n'est plaisante qu'en apparence : en partant pour Saint-Jacques, je ne cherchais rien et je l'ai trouvé.
La vertu du grand air et des vieilles pierres est de faire oublier instantanément que peuvent exister des lieux de clôture, de laideur et d'asphyxie.