La bise, qui nous frappait en plein visage, s'engouffrait dans nos manteaux.
Auteur
Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont
Il avait contracté l'habitude de s'enivrer; dans ces moments-là, quand il revenait à la maison, après avoir couru les comptoirs des cabarets, sa fureur devenait presque incommensurable.
Le fossoyeur achève le creusement de la fosse ... quelques pelletées de terre inattendues viennent recouvrir le corps de l'enfant. Le prêtre des religions, au milieu de l'assistance émue, prononce quelques paroles pour bien enterrer le mort.
Une fois sortis de cette vie passagère, je veux que nous soyons entrelacés pendant l'éternité; ne former qu'un seul être, ma bouche collée à ta bouche.
Un homme, mû par un dessein caché, vient s'asseoir à côté de lui, sur le même banc, avec ses allures équivoques.
Adieu guerrier illustre: ton courage dans le malheur inspire de l'estime à ton ennemi le plus acharné.
Après bien des années stériles, la Providence m'envoya une fille. Pendant trois jours, je m'agenouillai dans les églises, et ne cessai de remercier le grand nom de Celui qui avait enfin exaucé mes voeux.
Si le lecteur trouve cette phrase trop longue, qu'il accepte mes excuses; mais qu'il ne s'attende pas de ma part à des bassesses. Je puis avouer mes fautes; mais non les rendre plus graves par ma lâcheté.
Plus tard, tu conçus des remords dont l'existence devait être éphémère; tu résolus de racheter ta faute par le choix d'un autre ami, afin de le bénir et de l'honorer. Par ce moyen expiatoire, tu effaçais les taches du passé.
On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire d'extraordinaires.
Sur le mur de ma chambre, quelle ombre dessine, avec une puissance incomparable, la fantasmagorique projection de sa silhouette racornie?
Au clair de la lune, près de la mer, dans les endroits isolés de la campagne, l'on voit, plongé dans d'amères réflexions, toutes les choses revêtir des formes jaunes, indécises, fantastiques.
A l'heure que j'écris, de nouveaux frissons parcourent l'atmosphère intellectuelle: il ne s'agit que d'avoir le courage de les regarder en face.
Ceux qui écrivent en faveur de la gloire veulent avoir la gloire d'avoir bien écrit. Ceux qui le lisent veulent avoir la gloire de l'avoir lu. Moi, qui écris ici, je me vante d'avoir cette envie. Ceux qui le liront se vanteront de même.
Mais la guerre éternelle a placé son empire destructeur sur les campagnes et moissonne avec joie des victimes nombreuses.
Les hallucinations dangereuses peuvent venir le jour; mais elles viennent surtout la nuit. Par conséquent, ne t'étonne pas des visions fantastiques que tes yeux semblent apercevoir.
Celui qui portera la main sur un de ses semblables, en lui faisant au sein une blessure mortelle, avec le fer homicide, qu'il n'espère point les effets de la miséricorde.
Ma poésie ne consistera qu'à attaquer, par tous les moyens, l'homme, cette bête fauve, et le Créateur, qui n'aurait pas dû engendrer une pareille vermine.
Chacun doit se faire justice lui-même, sinon il n'est qu'un imbécile. Celui qui remporte la victoire sur ses semblables, celui-là est le plus rusé et le plus fort.
J'établirai dans quelques lignes comment Maldoror fut bon pendant ses premières années, où il vécut heureux; c'est fait.
Fossoyeur, il est beau de contempler les ruines des cités; mais, il est plus beau de contempler les ruines des humains!
La vraie douleur est incompatible avec l'espoir.
Je soulevai avec lenteur mes yeux spleenétiques, cernés d'un grand cercle bleuâtre, vers la concavité du firmament, et j'osai pénétrer, moi, si jeune, les mystères du ciel!
Je veux que ma poésie puisse être lue par une jeune fille de quatorze ans.
Chaque fois que j'ai lu Shakespeare, il m'a semblé que je déchiquète la cervelle d'un jaguar.
Œuvres de Isidore Ducasse, dit comte de Lautréamont
Les Chants de Maldoror (1869), III, 4Les chants de Maldoror (1869)Les chants de Maldoror (1869), IILes chants de Maldoror (1869), II, 9Les chants de Maldoror (1869), IVLes chants de Maldoror (1869), VLettre d'Isidore Ducasse au banquier Darasse, 12 mars 1870.PoésiesPoésies (1870)Poésies (1870), ExerguePoésies (1870), IPoésies (1870), IIPoésies, ExerguePoésies, I