Œuvre

Poésies (1870), II

La poésie doit avoir pour but la vérité pratique. Elle énonce les rapports qui existent entre les premiers principes et les vérités secondaires de la vie.
Le doute est un hommage rendu à l'espoir. Ce n'est pas un hommage volontaire. L'espoir ne consentirait pas à n'être qu'un hommage.
Nul raisonneur ne croit contre sa raison.
Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les hommes qui se battent au duel à mort sont courageux.
Une maxime, pour être bien faite, ne demande pas à être corrigée. Elle demande à être développée.
Le plagiat est nécessaire. Le progrès l'implique. Il serre de près la phrase d'un auteur, se sert de ses expressions, efface une idée fausse, la remplace par l'idée juste.
Les trois points terminateurs me font hausser les épaules de pitié. A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est un homme d'esprit, c'est-à-dire un imbécile? Comme si la clarté ne valait pas le vague, à propos de points!
Rien n'est dit. L'on vient trop tôt depuis plus de sept mille ans qu'il y a des hommes. Sur ce qui concerne les moeurs, comme sur le reste, le moins bon est relevé. Nous avons l'avantage de travailler après les anciens, les habiles d'entre les modernes.
Le phénomène passe. Je cherche les lois.
Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a semblé que je déchiquette la cervelle d'un jaguar.
Le sommeil est une récompense pour les uns, un supplice pour les autres. Pour tous, il est une sanction.
La jeunesse écoute les conseils de l'âge mûr. Elle a une confiance illimitée en elle-même.
On dit des choses solides, lorsqu'on ne cherche pas à en dire d'extraordinaires.
Chaque fois que j'ai lu Shakespeare, il m'a semblé que je déchiquète la cervelle d'un jaguar.
Je ne connais pas d'obstacle qui passe les forces de l'esprit humain, sauf la vérité.
Ceux qui sont dans le dérèglement disent à ceux qui sont dans l'ordre que ce sont eux qui s'éloignent de la nature. Ils croient le suivre. Il faut avoir un point fixe pour juger. Où ne trouverons-nous pas ce point dans la morale?
Lorsqu'une pensée s'offre à nous comme une vérité qui court les rues, que nous prenons la peine de la développer, nous trouvons que c'est une découverte.
On ne peut juger de la beauté de la vie que par celle de la mort.