Auteur

Imre Kertész

Une vie vécue dans le bonheur est une vie vécue dans le silence.
Le suicide qui me convient le mieux est manifestement la vie.
Le mutisme est la vérité. Mais une vérité muette, et seuls ceux qui parlent auront raison.
Ecrire la Vérité ou ma vérité? Ma vérité. Et si ce n'est pas la Vérité? Alors écrire l'erreur, mais la mienne.
La vérité est chose fragile. Mais si mille jeunes gorges d'acier lubrifiées à la graisse de canon la claironnent à chaque coin de rue, même la vérité la plus indiscutable devient mensonge, violence, terreur et, tôt ou tard, prétexte à massacre.
Son esprit flamboie, mais ne réchauffe point. Voilà pourquoi ils se tournent vers des esprits qu'ils peuvent mettre dans les fourneaux sur lesquels ils préparent leurs repas quotidiens.
Plutôt la schizophrénie que les vérités arides d'une idéologie ascétique - et même: plutôt se tromper avec passion qu'avoir raison en tout, parce que seule la passion recèle la lutte, et seule la lutte recèle l'existence.
Un excès de réflexion rend malheureux ou mystique.
Si Auschwitz n'a servi à rien, Dieu a fait faillite ; et si nous faisons faillir Dieu, nous ne comprendrons jamais Auschwitz.
L'homme n'est pas fait pour comprendre la vie, mais pour la vivre : par conséquent et dans cette mesure, l'homme est avant tout un être religieux.
L'homme a toujours besoin de deux images simultanées : la réelle et l'imaginaire. Mais pourquoi ces guillemets ? Parce qu'aucune des deux n'est entièrement réelle ni imaginaire.
Il ne fait pas bon être mort, mais avec le temps, on doit pouvoir s'y faire (comme à tout).
La nature, cet éléphant décati et muet qui nous porte patiemment sur son dos.
La rivière, la vie comme image du baluchon tenu à bout de bras au-dessus de l'eau, avant d'être submergé.
On ne peut être intelligent qu'à l'intérieur de ses propres limites.
La question n'est pas de savoir si Dieu existe ou non. L'homme doit vivre comme s'Il existait.
Qu'est-ce que la vérité ? La réponse est si facile ! La vérité est ce qui nous consume.
Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire, c'est le bien.
La véritable captivité se compose en fait exclusivement de grisaille quotidienne.
Quand tu seras mort, tu apprécieras le silence.
Une phrase de Cioran dont je me porte garant avec mon existence : Un livre est un suicide différé.
Qu'est-ce que tu appelles l'ordre du monde ? - La magie quotidienne du mal.
Et je suis resté dépouillé, les mains vides. Je me suis retrouvé face à mon cauchemar immatériel et informe : le temps. Il tendait vers moi sa bouche bêtement béante, et je n'avais rien à lui fourrer dans le gosier.
Il y a deux chemins, poursuivit-il, l'un est court et droit, mais il ne mène nulle part, l'autre est long et tortueux et on ne sait pas où il mène, mais en attendant, on sait au moins qu'on marche.
Qui affronte un système doit croire en un autre système. Qui affronte Dieu n'a pas besoin de croire, seulement de vivre sous son regard : c'est amplement suffisant comme foi.

Œuvres de Imre Kertész

Dossier K (2008)Etre sans destin (1998)Journal de galère (2010)Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas (1990)L'Ultime Auberge (2015)Le Refus (2001)Liquidation (2004)Roman policier (2006)Sauvegarde, Journal 2001-2003 (2012)Un autre, chronique d'une métamorphose (1999)