Auteur

Hervé Bazin

Le mariage est une place assiégée: ceux qui sont dedans voudraient en sortir; ceux qui sont dehors voudraient y entrer.
L'accouchement de sa femme est une épreuve où l'inutilité de l'homme rejoint l'incontestable inutilité du bourdon.
Mais l'indifférence est un état bien plus grave que la colère et c'est là le pire effet de l'interruption de la vie commune.
L'estime n'a rien à voir avec l'amour.
Les gens ont soif de considération bien plus que de mérite.
Les bourgeois semblent avoir besoin d'un nombre de pièces inutiles proportionnel à celui des hectares sur lesquels s'étend la domination de leurs redevances et de leurs chasses.
Tout deuil craint sa fin et songe avec terreur au jour où succombera sa peine. Ainsi la haine craint par-dessus tout de se délivrer de soi. Elle se remord la queue.
On a toujours l'air idiot - ou abusif - quand on projette sur nos vies d'adultes, sur leurs aléas, sur leurs échecs, sur leurs succès, nos souvenirs d'enfance.
Ce n'est pas le nombre des vivants, c'est leur autorité qui meuble une maison. Folcoche partie, la belle Angerie parut désaffectée.
Dès qu'elle ouvre la bouche, j'ai l'impression de recevoir un coup de pied au cul. C'est pas étonnant, avec ce menton en galoche.
Mieux vaut inspirer des regrets que des remords et, en tel cas, les laisser prospérer dans le dépaysement.
Où peut-on être mieux qu'au sein d'une famille ? Partout ailleurs !
On ne construit pas un bonheur sur les ruines d'une longue misère.
J'étais en train d'apprendre que l'hypocrisie est soeur de la patience.
Ma main glisse sur son sein gauche que je pétris. Je le trouve d'ailleur un peu mou.
Les principes sont des préjugés de grande taille, c'est tout. L'honorabilité n'est que la réussite sociale de l'hypocrisie. La spontanéité du coeur est un réflexe malheureux.
L'idée que ce mari me demandait à moi, de lui montrer la chambre de sa femme, comme un voyageur demande à un garçon d'étage de lui indiquer le bon numéro, me laissa sans souffle.
L'homme doit vivre seul. Aimer, c'est s'abdiquer. Haïr, c'est s'affirmer. Je suis, je vis, j'attaque, je détruis. Je pense, donc je contredis.
Loin d'ajouter au verbe aimer, beaucoup le diminue.
Fichtre ! c'est grave. Nous sommes tous très intéressés, très mouches du coche. Folcoche se tord toujours, inconsciente, les deux mains sur le foie. Sa respiration siffle. Dois-je le dire ? mais nous respirons mieux depuis qu'elle étouffe.
On admire ses convictions politiques, fortement centripètes, surtout lorsque le centre apparaît dextrogyre.
Est-ce qu'on retient ses glaires, lorsqu'on a envie de cracher ? L'hygiène publique a inventé les crachoirs comme Dieu a inventé les femmes. La pureté n'exige pas la rétention, mais l'exutoire.
Rien de plus étroit que ma géographie sentimentale ! Département de la Fouve, chef-lieu Maman, sous-préfectures Berthe et Nathalie. Le reste, c'était l'étranger.
J'entre à peine dans la vie et, grâce à toi, je ne crois plus à rien, ni à personne.
Un an après la prise de pouvoir par notre mère, nous n'avions plus aucune foi dans la justice des nôtres.

Œuvres de Hervé Bazin

Au nom du fils (1959)Ce que je crois (1977)EpitapheInterview d'André Bourin dans les Nouvelles Littéraires du 21 février 1957.Interview.L'Eglise verte (1981)L'Huile sur le feu (1954)La Tête contre les murs (1949)La mort du petit cheval (1950)La mort du petit cheval (1950), XIXLe Bureau des mariages (1972)Le Cri de la chouette (1971)Le Démon de minuit (1988)Le Matrimoine (1967)Le Neuvième jour (1994)Les Bienheureux de la désolation (1970)Lève-toi et marche (1952)Madame Ex (1974)Mon abécédaire, dans Le Monde du 9 juillet 1982.Plumons l'oiseau (1966)