Tu es contagieux à toi-même, souviens-t'en. Ne laisse pas toi te gagner.
Si tu es un homme appelé à échouer, n'échoue pas, toutefois n'importe comment.
Même si tu as eu la sottise de te montrer, sois tranquille, ils ne te voient pas.
Tu tiens vraiment à monter à l'échelle ? Et si c'est pour finir pendu ?
Parfois, tout d'un coup, sans cause visible, s'étend sur moi un grand frisson de bonheur.
J'arrivais enfin à rattraper la baleine, je lançais vivement un harpon par l'avant, bien aiguisé et solide (après avoir bien fait amarrer et vérifier le câble), le harpon parfait, entrait profondément dans la chair, faisant une blessure énorme.
L'un dit une chose, l'autre allait justement dire la même chose et répète cette même chose. Il semble qu'il était impossible de parler autrement. On est strictement jumeaux. Se distinguer, on n'y songe plus. Identité! Identité!
Partout où il va, il s'installe. Et personne ne s'étonne, il semble que sa place était là depuis toujours.
Autrefois, j'avais le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire. Fini, maintenant J'INTERVIENDRAI.
Il y a peu de temps encore un Intouchable qui allait traverser une route devait agiter une sonnette et crier bien haut: «Attention, Brahmes des environs, un salaud, un misérable intouchable, va passer. Attention, le rebut va passer.»
Le Jabiru ne mange pas le poisson qui se débat. Il l'ingurgite mort. Il le saisit donc et referme son bec sur lui, sur la tête, sur le corps, le lance, le rattrape, le relance, le rattrape jusqu'à ce que mort s'ensuive.
L'homme blanc possède une qualité qui lui a fait faire du chemin: l'irrespect.
Quand un être faible succombe, qui s'en aperçoit? Mais, quand un être fort succombe le spectacle est inouï.
Ce que tu as gâché, que tu as laissé se gâcher et qui te gêne et te préoccupe, ton échec est pourtant cela même, qui ne dormant pas, est énergie, énergie surtout. Qu'en fais-tu?
Si tu es un homme appelé à échouer, n'échoue pas toutefois n'importe comment.
Le continent de l'insatiable, tu y es. De cela au moins on ne te privera pas, même indigent.
L'oiseau et moi, nous nous entendions, mais à distance, comme il convient à des êtres d'espèce animale, ayant eu, sans retour possible, une évolution parfaitement divergente.
Gardons-nous de suivre la pensée d'un auteur... D'ailleurs, qu'en sait-il de sa pensée ?
Mais il est temps de me taire. J'en ai trop dit. A écrire on s'expose décidément à l'excès. Un mot de plus, je culbutais dans la vérité.
Quant aux livres, ils me harassent par-dessus tout. Je ne laisse pas un mot dans son sens ni même dans sa forme. Je l'attrape et, après quelques efforts, je le déracine et le détourne définitivement du troupeau de l'auteur.
Ne faites pas le fier. Respirer, c'est déjà être consentant. D'autres concessions suivront, toutes emmanchées l'une dans l'autre.
Les choses sont une façade, une croûte, Dieu seul est. Mais dans les livres il y a quelque chose de divin.
Je voulais dessiner la conscience d'exister et l'écoulement du temps.
Les amis fidèles sont souvent un encouragement à rester aussi borné le lendemain que vous l'étiez la veille.
Si un contemplatif se jette à l'eau, il n'essaiera pas de nager, mais de comprendre l'eau et il se noiera.
Œuvres de Henri Michaux
Ailleurs (1948)Cité dans Vive l'auto (1980) de Gilles Guérithault.EcuadorEcuador (1929)Entretiens avec René BerteléEpoque des illuminésFace aux verrous (1954)Façons d'endormi, façons d'éveillé (1969)L'Espace du dedans (1944)La Nuit remue (1935)La Vie dans les plis (1949)Lointain intérieur (1938)Mes Propriétés (1929)Passages (1950)Plume (1938)Plume (1938), DifficultésPlume (1938), Lointain intérieurPlume (1938), PostfacePlume (1938), VieillessePlume (1938), le Portrait de A