Œuvre

Un barbare en Asie (1933)

Le tamoul est une langue agglutinante. On soude tout ce qu'on peut. De trois mots, un seul.
Mais le philosophe d'une nation de boutiquiers est plus profondément boutiquier que philosophe, comme un chien de chasse n'est pas tellement chien de chasse qu'il n'est chien.
Les jeunes ne s'occupent que de l'Amérique et de la Russie. Les autres sont des pays pour voyages d'agrément, des pays sans credo.
L'apologue arabe est tellement déblayé, qu'il n'a plus rien, qu'une espèce de tension, un mot juste, une situation lapidaire.
L'Hindou du Sud, de race dravidienne, petit, vif, colérique, ne correspond plus en rien à la conception que l'Européen a de l'Hindou.
Ainsi il ne perdra pas la face. Depuis le dernier coolie jusqu'au premier mandarin, il s'agit de ne pas perdre la face, leur face de bois, mais ils y tiennent et en effet, n'y ayant pas de principes, c'est la face qui compte.
Naturellement un éléphant on ne peut jamais s'y fier. Un pétard le met en fuite. Il est calme. Mais il n'a aucun sang-froid. Au fond, c'est un fébrile. Quand ça ne va plus, il s'affole.
Ces rôles, m'expliquait un spectateur, ne pourraient être tenus par des femmes. Ils sont trop difficiles. Les jeunes gens que vous verrez sont exercés, depuis leur jeune âge, à se féminiser.
Il y a peu de temps encore un Intouchable qui allait traverser une route devait agiter une sonnette et crier bien haut: «Attention, Brahmes des environs, un salaud, un misérable intouchable, va passer. Attention, le rebut va passer.»
Le Jabiru ne mange pas le poisson qui se débat. Il l'ingurgite mort. Il le saisit donc et referme son bec sur lui, sur la tête, sur le corps, le lance, le rattrape, le relance, le rattrape jusqu'à ce que mort s'ensuive.
L'homme blanc possède une qualité qui lui a fait faire du chemin: l'irrespect.