Le peuple est bagarreur à ce point que les conversations ont dû être interdites. Il en résultait trop de coups et de blessures mortelles.
Des drapeaux déchiquetés, enlevés à l'ennemi: ses feuilles lacérées; et son corps est noir comme s'il sortait du feu. C'est ainsi qu'il est quand il est vieux, le bananier.
Un battant accable l'autre et ne le lâche plus. La porte de l'armoire s'est refermée.
Mais le philosophe d'une nation de boutiquiers est plus profondément boutiquier que philosophe, comme un chien de chasse n'est pas tellement chien de chasse qu'il n'est chien.
Le matin quand on est abeille, pas d'histoire, faut aller butiner.
Les jeunes ne s'occupent que de l'Amérique et de la Russie. Les autres sont des pays pour voyages d'agrément, des pays sans credo.
L'apologue arabe est tellement déblayé, qu'il n'a plus rien, qu'une espèce de tension, un mot juste, une situation lapidaire.
Cette ceinture de bouées protège le pays de la Magie, sert d'écoute aux gens du pays, leur signale l'approche d'étrangers. Il ne reste plus ensuite qu'à les dérouter et à les envoyer au loin.
Quand ce qui est incroyable sera regardé comme une vérité de l'ordre de «2 et 2 font 4».
Il s'identifie avec le lion. A travers sa faiblesse, il est possédé d'une joie tellement forte, d'un plaisir de dévoration si exorbitant, qu'un adolescent qu'on avait retiré de la gueule du lion se mit à pleurer.
Ce sauvage n'avait jamais paru à la Cour. Il entra dans la capitale, comme un furieux, sur un cheval dangereux et qui paraissait dopé.
L'Hindou du Sud, de race dravidienne, petit, vif, colérique, ne correspond plus en rien à la conception que l'Européen a de l'Hindou.
Est décelé comme le plus dangereux l'homme aux pensées élaboratrices d'un seul crime.
Les escaliers encombrés ne suffisent plus; l'ascenseur à la descente comme à la montée est toujours plein.
Il avait aussi de ces énervements terribles, douloureux, et extrêmement rares comme en ont les éléphants lorsque, quittant une tranquilité qui leur a couté des années de surveillance, ils s'abandonnent à la colère pour une bagatelle.
Le dernier coup de pied que je lui ai envoyé l'a fait tomber jusqu'à la loge de la concierge.
Ainsi il ne perdra pas la face. Depuis le dernier coolie jusqu'au premier mandarin, il s'agit de ne pas perdre la face, leur face de bois, mais ils y tiennent et en effet, n'y ayant pas de principes, c'est la face qui compte.
Naturellement un éléphant on ne peut jamais s'y fier. Un pétard le met en fuite. Il est calme. Mais il n'a aucun sang-froid. Au fond, c'est un fébrile. Quand ça ne va plus, il s'affole.
Ces rôles, m'expliquait un spectateur, ne pourraient être tenus par des femmes. Ils sont trop difficiles. Les jeunes gens que vous verrez sont exercés, depuis leur jeune âge, à se féminiser.
Plume déjeunait au restaurant, quand le maître d'hôtel s'approcha, le regarda sévèrement et lui dit d'une voix basse et mystérieuse: «Ce que vous avez là dans votre assiette ne figure pas sur la carte».
Poumapi fut désagréablement surpris. Mais il n'y avait rien à dire. Le coup était franc, il avait été exécuté en face, sans tricherie aucune.
Toi, de ton côté, n'interromps jamais un rêveur. Comment ne te haïrait-il pas ?
Faute de soleil, sache mûrir dans la glace.
Veille périodiquement à te susciter des obstacles, obstacles pour lesquels tu vas devoir trouver une parade ... et une nouvelle intelligence.
Souviens-toi. Celui qui acquiert, chaque fois qu'il acquiert, perd.
Œuvres de Henri Michaux
Ailleurs (1948)Cité dans Vive l'auto (1980) de Gilles Guérithault.EcuadorEcuador (1929)Entretiens avec René BerteléEpoque des illuminésFace aux verrous (1954)Façons d'endormi, façons d'éveillé (1969)L'Espace du dedans (1944)La Nuit remue (1935)La Vie dans les plis (1949)Lointain intérieur (1938)Mes Propriétés (1929)Passages (1950)Plume (1938)Plume (1938), DifficultésPlume (1938), Lointain intérieurPlume (1938), PostfacePlume (1938), VieillessePlume (1938), le Portrait de A