Auteur

Giacomo, comte Leopardi

Deux vérités que d'ordinaire les hommes n'admettent pas : l'une est qu'ils ne savent rien ; l'autre qu'ils ne sont rien. Ajoutez-en une troisième, intimement liée à la précédente : qu'ils n'ont rien à espérer après la mort.
L'existence n'est pas pour l'existant, elle n'a pas pour fin l'existant ni son bien ; si celui-ci y éprouve quelque bien, c'est pur hasard : l'existence est pour l'existence, tout entier pour l'existence ; telle est sa pure fin réelle.
L'homme (et de même les autres êtres animés) ne naît pas pour jouir de la vie, mais seulement pour perpétuer la vie, pour la communiquer à d'autres qui lui succèdent, pour la conserver.
Toute la nature, l'ordre éternel des choses, n'est en rien ordonné au bonheur des êtres sensibles ou des animaux. Il y est même opposé.
Tout le monde a éprouvé du plaisir ou en éprouvera, mais personne n'en éprouve. Tout le monde a joui ou jouira, mais personne ne jouit.
On a beau ne rien ignorer de la vérité, on n'en continue pas moins à vivre et, malgré la raison, à faire comme les autres, parce qu'en fait c'est le coeur et non l'esprit qui nous gouverne.
Les moins aptes ou les moins habitués à s'évaluer et à s'étudier eux-mêmes sont les plus prompts à se décider et les plus efficaces dans l'action.
Beaucoup entendent te traiter de façon indigne tout en exigeant de toi, sous peine de leur haine, assez de sens pour ne pas les en empêcher et assez d'aveuglement pour ignorer leur propre indignité.
Tu reconnaîtras la loyauté chez autrui en ce que, te fréquentant, il ne te laissera pas espérer de bons services, ni surtout en craindre de mauvais.
La franchise peut aider lorsqu'elle est feinte ou que, du fait de sa rareté, personne n'y croit plus.
La vie est pleine de gens qui n'admirent pas leurs admirateurs, qui ne répondent pas aux hommages, qui se dérobent devant leurs poursuivants et qui, le dos tourné, s'empressent, tout contrits, de faire la cour à d'autres, qui les ignorent.
Hélas ! le monde est vieux, et le soir est venu pour les choses humaines ; et qui naît aujourd'hui reçoit trop tard le sens et le mouvement.
Les dieux n'aiment pas celui qui, se faisant violence, force les portes du Tartare. Ils ne trouveraient pas un semblable courage dans la mollesse de leurs coeurs éternels.
D'irrémédiables maux accablent le pauvre mortel ; mais s'il naît pour les pleurs et si la tombe noire et le destin suprême lui sont un lot plus doux que la clarté du jour, le Ciel dans sa bonté, le Ciel dans sa justice n'en fut pas cause.
A ma pensée revient ce jour où je sentis le combat de l'amour pour la première fois et où je dis : Hélas ! si c'est l'amour, combien il fait souffrir !
Il est au monde deux belles choses : l'amour et la mort. A l'une, le ciel m'achemine à la fleur de mon âge ; dans l'autre, je me tiens grandement fortuné.
La vie, en toute condition humaine, la vie entière n'est qu'oisiveté, s'il convient de nommer ainsi le labeur, le tracas qui ne tend pas vers quelque grand objet ou qui tend vers un but qu'il ne saurait rejoindre.
Dans les choses profondes, c'est toujours le petit nombre qui est le plus perspicace la majorité, elle, ne s'entend qu'aux évidences.

Œuvres de Giacomo, comte Leopardi

A lui-mêmeCanti, Au comte Charles PepoliCanti, Brutus le JeuneCanti, ConsalvoCanti, Hymne aux PatriarchesCanti, Le premier amourCanti, Pour les noces de sa soeur PaulineDix petites pièces philosophiquesEpistolario (1998), A M. Jacopssen, 23 juin 1823La Théorie du plaisir (1994)Le PassereauPenséesPensées, 37Pensées, 76Petites oeuvres morales (1992)Zibaldone (1898)Zibaldone (1898), I, 223Zibaldone (1898), I, 377Zibaldone (1898), III, 229