Auteur

Giacomo, comte Leopardi

La vie est ainsi faite que, pour la supporter, il faut chaque jour la déposer pour reprendre haleine, et se restaurer par un avant-goût et comme une petite part de mort.
Rien n'est plus rare en ce monde qu'une personne habituellement supportable.
La corruption des moeurs est mortelle pour les républiques et utile aux tyrannies et aux monarchies absolues: cela seul suffit à juger de la nature et de la différence de ces deux sortes de gouvernement.
Les maux sont moins néfastes au bonheur que l'ennui.
La patience est la plus héroïque des vertus, précisément parce qu'elle n'a pas la moindre apparence d'héroïsme.
Plaisirs des jours premiers, jeux, rires, gais soleils, - Et toi, divin Amour, frère de la jeunesse, - Tourment de l'âge mûr, regret de la vieillesse, - De vous je ne veux rien! loin de là, je vous fuis.
La vie, en toute condition humaine, la vie entière n'est qu'oisiveté, qu'il convient de nommer ainsi le labeur, le tracas qui ne rend pas vers quelque grand objet ou qui tend vers un but qu'il ne saurait rejoindre.
L'homme, en son for intérieur et à l'insu de tous, ne laisse jamais de nourrir, contre l'évidence, des illusions nécessaires à la tranquillité de son âme et sans lesquelles il ne pourrait vivre.
Le plus sûr moyen de cacher aux autres les limites de son savoir est de ne pas les dépasser.
Tout s'est perfectionné depuis Homère, à l'exception de la poésie.
Les enfants trouvent tout d'un rien, les hommes ne trouvent rien dans tout.
Les vrais misanthropes ne se trouvent pas dans la solitude.
Méprise-toi, méprise la nature, - le répugnant pouvoir qui gouverne en secret - pour le malheur de tous, - et l'infinie vanité de toutes choses.
Dans l'amour, toutes les jouissances qu'éprouvent les âmes vulgaires, ne valent pas le plaisir que donne un seul instant de ravissement et d'émotion profonde.
Chaque individu ne trouverait-il pas mille ressources dans la société? Celle-ci ne devrait-elle pas s'appliquer à réaliser les illusions autant qu'il lui serait possible, puisque le bonheur de l'homme ne peut consister dans ce qui est réel?
Le plaisir le plus solide de cette vie est le vain plaisir des illusions. Je tiens en un sens les illusions pour des réalités, puisqu'elles sont un des ingrédients essentiels et communs de la nature humaine.
Les hommes qui sont malheureux par naissance, veulent croire qu'ils le sont par accident.
La vieillesse est le pire des maux, car elle prive l'homme de tous les plaisirs en lui en laissant l'appétit.
Le grand souci (ou ambition) des hommes, tant qu'ils ne sont pas mûrs, est de paraître des hommes faits, et quand ils sont des hommes faits, de ne pas paraître des hommes mûrs.
Le plaisir est toujours passé ou futur, jamais présent.
Le plaisir est toujours passé ou futur, jamais présent, de la même façon que le bonheur appartient toujours à autrui, jamais à personne, c'est-à-dire est toujours conditionné et n'est jamais absolu.
Je n'appelle pas innocent celui qui est incapable de pêcher, mais bien celui qui ne peut pécher sans remords.
Voici deux vérités que les hommes en général n'admettent jamais: l'une qu'ils ne savent rien, l'autre qu'ils ne sont rien. Ajoutez la troisième, qui dépend pour une grande part de la seconde, c'est qu'ils n'ont rien à espérer après la mort.
L'homme ne désespérerait pas s'il n'espérait.
Presque tous les plaisirs de l'imagination et du sentiment tiennent dans le souvenir. Ce qui revient à dire qu'il relèvent du passé plutôt que du présent.

Œuvres de Giacomo, comte Leopardi

A lui-mêmeCanti, Au comte Charles PepoliCanti, Brutus le JeuneCanti, ConsalvoCanti, Hymne aux PatriarchesCanti, Le premier amourCanti, Pour les noces de sa soeur PaulineDix petites pièces philosophiquesEpistolario (1998), A M. Jacopssen, 23 juin 1823La Théorie du plaisir (1994)Le PassereauPenséesPensées, 37Pensées, 76Petites oeuvres morales (1992)Zibaldone (1898)Zibaldone (1898), I, 223Zibaldone (1898), I, 377Zibaldone (1898), III, 229