Auteur

Gaston Bachelard

Accéder à la science, c'est, spirituellement, rajeunir, c'est accepter une mutation brusque qui doit contredire un passé.
Une connaissance générale est presque fatalement une connaissance vague.
C'est près de l'eau que j'ai le mieux compris que la rêverie est un univers en émanation, un souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur.
C'est en se tenant assez longtemps à la surface irisée que nous comprendrons le prix de la profondeur.
La devise du mollusque serait alors: il faut vivre pour bâtir sa maison et non bâtir sa maison pour y vivre.
Si l'on nous demandait le bienfait le plus précieux de la maison, nous dirions: la maison abrite la rêverie, la maison protège le rêveur, la maison nous permet de rêver en paix.
Un être privé de la fonction de l'irréel est un névrosé aussi bien que l'être privé de la fonction du réel.
L'opinion a, en droit, toujours tort.
Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c'est en termes d'obstacles qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique.
Le romancier, qu'il le veuille ou non, nous révèle le fond de son être, encore qu'il se couvre littéralement de personnages. En vain, il se servira «d'une réalité» comme d'un écran. C'est lui qui projette cette réalité, c'est surtout lui qui l'enchaîne.
Le courage intellectuel, c'est de garder actif et vivant cet instant de la connaissance naissante, d'en faire la source sans cesse jaillissante de notre Intuition.
Pour le savant, la connaissance sort de l'ignorance comme la lumière sort des ténèbres. Le savant ne voit pas que l'ignorance est un tissu d'erreurs positives.
La forêt est un état d'âme.
Les êtres cachés et fuyants oublient de fuir quand le poète les appelle par leur vrai nom.
Le poème est essentiellement une aspiration à des images nouvelles. Il correspond au besoin essentiel de nouveauté qui caractérise le psychisme humain.
Par l'imagination nous abandonnons le cours ordinaire des choses. Percevoir et imaginer sont aussi antithétiques que présence et absence. Imaginer c'est s'absenter, c'est s'élancer vers une vie nouvelle.
Parce que le poète nous découvre une nuance fugitive, nous apprenons à imaginer toute nuance comme un changement. Seule l'imagination peut voir les nuances, elle les saisit au passage d'une couleur à une autre.
Le paon est éminemment terrestre. C'est un musée minéral.
L'imagination a besoin d'un allongement, d'un ralenti. Et en particulier, plus que tout autre, l'imagination de la matière nocturne a besoin de lenteur.
Le ciel étoilé est le plus lent des mobiles naturels.
Dans la contemplation, l'être rêvant apprend à s'animer de l'intérieur, il apprend à vivre le temps régulier, le temps sans élan et sans heurt. C'est le temps de la nuit.
La première tâche du poète est de désancrer en nous une matière qui veut rêver.
Impossible d'imaginer un petit nuage qui disparaisse en tombant. Le petit nuage, le nuage léger est le thème d'ascension la plus régulière, la plus sûre. Il est un conseil permanent de sublimation.
La végétation ne connaît pas de contradiction. Il vient des nuages pour contredire le soleil du solstice. Aucune tempête n'empêche l'arbre, à son heure, de devenir vert.
Pour un esprit scientifique, toute connaissance est une réponse à une question. S'il n'y a pas eu de question, il ne peut y avoir connaissance scientifique. Rien ne va de soi. Rien n'est donné. Tout est construit.

Œuvres de Gaston Bachelard

Colloque de Cerisy.L'Air et les Songes (1934)L'Eau et les Rêves (1942)L'Engagement rationalisteL'Intuition de l'instant (1932)La Dialectique de la durée (1936)La Flamme d'une chandelleLa Flamme d'une chandelle (1961)La Formation de l'esprit scientifique (1938)La Philosophie du non: Essai d'une philosophie du nouvel esprit scientifique (1940)La Poétique de l'espaceLa Poétique de l'espace (1957)La Poétique de la rêverieLa Poétique de la rêverie (1960)La Terre et les Rêveries du reposLa Terre et les rêveries de la volonté (1948)Lautréamont (1939)Le Nouvel Esprit scientifiqueLe Nouvel Esprit scientifique (1934)Le rationalisme appliqué