Œuvre
L'Air et les Songes (1934)
Il faut que l'imagination prenne trop pour que la pensée ait assez.
Allons chercher nos images dans l'oeuvre de ceux qui ont le plus longuement rêvé et valorisé la matière: adressons-nous aux alchimistes.
Imaginer, c'est hausser le réel d'un ton.
L'homme en tant qu'homme ne peut vivre horizontalement. Son repos, son sommeil est le plus souvent une chute.
Le verbe n'est-il pas la première allégresse? La parole a une tonicité si elle espère.
Un être privé de la fonction de l'irréel est un névrosé aussi bien que l'être privé de la fonction du réel.
Le poème est essentiellement une aspiration à des images nouvelles. Il correspond au besoin essentiel de nouveauté qui caractérise le psychisme humain.
Par l'imagination nous abandonnons le cours ordinaire des choses. Percevoir et imaginer sont aussi antithétiques que présence et absence. Imaginer c'est s'absenter, c'est s'élancer vers une vie nouvelle.
Parce que le poète nous découvre une nuance fugitive, nous apprenons à imaginer toute nuance comme un changement. Seule l'imagination peut voir les nuances, elle les saisit au passage d'une couleur à une autre.
Le paon est éminemment terrestre. C'est un musée minéral.
L'imagination a besoin d'un allongement, d'un ralenti. Et en particulier, plus que tout autre, l'imagination de la matière nocturne a besoin de lenteur.
Le ciel étoilé est le plus lent des mobiles naturels.
Dans la contemplation, l'être rêvant apprend à s'animer de l'intérieur, il apprend à vivre le temps régulier, le temps sans élan et sans heurt. C'est le temps de la nuit.
La première tâche du poète est de désancrer en nous une matière qui veut rêver.
Impossible d'imaginer un petit nuage qui disparaisse en tombant. Le petit nuage, le nuage léger est le thème d'ascension la plus régulière, la plus sûre. Il est un conseil permanent de sublimation.
La végétation ne connaît pas de contradiction. Il vient des nuages pour contredire le soleil du solstice. Aucune tempête n'empêche l'arbre, à son heure, de devenir vert.
Sans doute, en sa vie prodigieuse, l'imaginaire dépose des images, mais il se présente toujours comme un au-delà des images, il est toujours un peu plus que ses images.
Henri Wallon a montré que l'agoraphobie n'était, au fond, qu'une variété de la peur de tomber. Elle n'est pas une peur de rencontrer des hommes, mais une peur de ne pas rencontrer d'appui.
La poétique de Shelley est une poétique de l'immensité bercée. Le monde est pour Shelley un immense berceau - un berceau cosmique - d'où, sans cesse, s'envolent des rêves.