Auteur

Emil Cioran

Regarder sans comprendre, c'est le paradis. L'enfer serait donc le lieu où l'on comprend, où l'on comprend trop...
... c'est la volonté de donner notre maximum qui nous porte aux excès et aux dérèglements.
N'est profond, n'est véritable que ce que l'on cache. D'où la force des sentiments vils.
Aime à être ignoré.
L'essentiel n'a jamais exigé le moindre talent.
Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard.
... éthique du crépuscule ...
On a d'autant plus de prise sur ce monde qu'on s'en éloigne, qu'on n'y adhère pas. Le renoncement confère un pouvoir infini.
Il répugnait aux vérités objectives, à la corvée de l'argumentation, aux raisonnements soutenus. Il n'aimait pas démontrer, il ne tenait à convaincre personne. Autrui est une invention de dialecticien.
Je n'ai pas rencontré un seul esprit intéressant qui n'ait été largement pourvu en déficiences inavouables.
Etre objectif, c'est traiter l'autre comme on traite un objet, un macchabée, c'est se comporter à son égard en croque-mort.
Tout est unique - et insignifiant.
Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher.
Les penseurs de première main méditent sur des choses; les autres, sur des problèmes. Il faut vivre face à l'être, non à l'esprit.
Si l'on pouvait se voir avec les yeux des autres, on disparaîtrait sur-le-champ.
... la biographie d'une pensée ...
L'unique confession sincère est celle que nous faisons indirectement - en parlant des autres.
La conscience est bien plus que l'écharde, elle est le poignard dans la chair.
Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations.
Ce que les autres font, nous avons toujours l'impression que nous pourrions le faire mieux. Nous n'avons malheureusement pas le même sentiment à l'égard de ce que nous faisons nous-mêmes.
Nous ne comprenons ce qu'est la mort qu'en nous rappelant soudain la figure de quelqu'un qui n'aura été rien pour nous.
Toute forme de hâte, même vers le bien, trahit quelque dérangement mental.
Nous ne pardonnons qu'aux enfants et aux fous d'être francs avec nous: les autres, s'ils ont l'audace de les imiter, s'en repentiront tôt ou tard.
Ne dure que ce qui a été conçu dans la solitude, face à Dieu, que l'on soit croyant ou non.
Nous avons perdu en naissant autant que nous perdrons en mourant. Tout.

Œuvres de Emil Cioran

Aveux et anathèmes (1987)Bréviaire des vaincus II (2011)Cahiers, 1957-1972 (1997)Carnets 1957-1972Carnets 1957-1972, 1 juillet 1968Carnets 1957-1972, 1 juin 1968Carnets 1957-1972, 1 octobre 1963Carnets 1957-1972, 1 septembre 1972Carnets 1957-1972, 10 mars 1967Carnets 1957-1972, 11 octobre 1967Carnets 1957-1972, 13 juillet 1968Carnets 1957-1972, 14 novembre 1972Carnets 1957-1972, 16 mai 1969Carnets 1957-1972, 16 mars 1967Carnets 1957-1972, 17 mai 1968Carnets 1957-1972, 18 octobre 1966Carnets 1957-1972, 19 mai 1969Carnets 1957-1972, 19 septembre 1970Carnets 1957-1972, 1961Carnets 1957-1972, 2 décembre 1964