Auteur

Emil Cioran

... une démence intéressée...
... guérir de l'ennui par la stupeur.
Plus d'un déséquilibre - peut-être même tout déséquilibre - provient d'une vengeance qu'on a différée trop longtemps. Sachons exploser! N'importe quel malaise est plus sain que celui que suscite une rage thésaurisée.
L'avantage d'être quelqu'un est plus rare que celui d'oeuvrer. Produire est facile; ce qui est difficile, c'est dédaigner de faire usage de ses dons.
... un enfer trop parfait est presque aussi stérile que le paradis.
C'est une aberration de se vouloir différent de ce qu'on est, d'épouser en théorie toutes les conditions, sauf la sienne.
On doit se méfier des lumières qu'on possède sur soi. La connaissance que nous avons de nous-même, indispose et paralyse notre démon. C'est là qu'il faut chercher la raison pour laquelle Socrate n'a rien écrit.
Deux ennemis, c'est un même homme divisé.
Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de réussir, qui explique plus d'un échec.
On ne redoute l'avenir que lorsqu'on n'est pas sûr de pouvoir se tuer au moment voulu.
Toute pensée dérive d'une sensation contrariée.
Ce n'est pas le malheur, c'est le bonheur, le bonheur insolent, il est vrai, qui conduit à l'aigreur et au sarcasme.
Plus quelqu'un est comblé de dons, moins il avance sur le plan spirituel. Le talent est un obstacle à la vie intérieure.
Ne regarde ni en avant ni en arrière, regarde en toi-même, sans peur ni regret. Nul ne descend en soi tant qu'il demeure esclave du passé ou de l'avenir.
Ecrire est l'acte le moins ascétique qui soit.
... un rien de plein ...
A quoi la musique fait appel en nous, il est difficile de le savoir; ce qui est certain, c'est qu'elle touche une zone si profonde que la folie elle-même n'y saurait pénétrer.
J'aime lire comme lit une concierge: m'identifier à l'auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres.
Dès que quelqu'un se convertit à quoi que ce soit, on l'envie tout d'abord, puis on le plaint, ensuite on le méprise.
Quand il me faut mener à bien une tâche que j'ai assumée par nécessité ou par goût, à peine m'y suis-je attaqué, que tout me semble important, tout me séduit, sauf elle.
Vivre, c'est perdre du terrain.
Dire que tant et tant ont réussi à mourir!
... chacun engendre son propre ennemi.
L'unique moyen de sauvegarder sa solitude est de blesser tout le monde, en commençant par ceux qu'on aime.
Un livre est un suicide différé.

Œuvres de Emil Cioran

Aveux et anathèmes (1987)Bréviaire des vaincus II (2011)Cahiers, 1957-1972 (1997)Carnets 1957-1972Carnets 1957-1972, 1 juillet 1968Carnets 1957-1972, 1 juin 1968Carnets 1957-1972, 1 octobre 1963Carnets 1957-1972, 1 septembre 1972Carnets 1957-1972, 10 mars 1967Carnets 1957-1972, 11 octobre 1967Carnets 1957-1972, 13 juillet 1968Carnets 1957-1972, 14 novembre 1972Carnets 1957-1972, 16 mai 1969Carnets 1957-1972, 16 mars 1967Carnets 1957-1972, 17 mai 1968Carnets 1957-1972, 18 octobre 1966Carnets 1957-1972, 19 mai 1969Carnets 1957-1972, 19 septembre 1970Carnets 1957-1972, 1961Carnets 1957-1972, 2 décembre 1964