Auteur

Edmond Rostand

Cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite - Et refaite cent fois de sorte qu'elle est prête, - Et que mettant mon âme à côté du papier - Je n'ai tout simplement qu'à la recopier.
Et les manteaux de ducs traînent dans leur fourrure, - Pendant que des grandeurs on monte les degrés - Un bruit d'illusions sèches et de regrets.
Tu marcheras, j'irai dans l'ombre à ton côté : je serai ton esprit, tu seras ma beauté.
La peur d'être raillé, toujours au coeur me serre.
Ma mère ne m'aimait pas, je n'ai pas eu de soeur. Grâce à vous, une robe a passé dans ma vie.
J'ignorais la douceur féminine. Ma mère - Ne m'a pas trouvé beau. Je n'ai pas eu de soeur - Plus tard, j'ai redouté l'amante à l'oeil moqueur. - Je vous dois d'avoir eu, tout au moins, une amie - Grâce à vous une robe a passé dans ma vie.
Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! - \r\nOn pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… - \r\nEn variant le ton, – par exemple, tenez : - \r\nAgressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, - \r\nIl faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » - \r\nAmical : « Mais il doit tremper dans votre tasse - \r\nPour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » - \r\nDescriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! - \r\nQue dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » - \r\nCurieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ? - \r\nD’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » - \r\nGracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux - \r\nQue paternellement vous vous préoccupâtes - \r\nDe tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » - \r\nTruculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez - \r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! » - \r\nEmphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez\r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! - \r\nOn pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… - \r\nEn variant le ton, – par exemple, tenez : - \r\nAgressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, - \r\nIl faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » - \r\nAmical : « Mais il doit tremper dans votre tasse - \r\nPour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » - \r\nDescriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! - \r\nQue dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » - \r\nCurieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ? - \r\nD’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » - \r\nGracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux - \r\nQue paternellement vous vous préoccupâtes - \r\nDe tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » - \r\nTruculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez - \r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! » - \r\nEmphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

Œuvres de Edmond Rostand

Chantecler (1910)Chantecler (1910), I, 2Chantecler (1910), I, 4, ChanteclerChantecler (1910), II, 2Chantecler (1910), II, 3Chantecler (1910), II, 3, ChanteclerCyrano de Bergerac (1897)Cyrano de Bergerac (1897), I, 4Cyrano de Bergerac (1897), I, 4, CyranoCyrano de Bergerac (1897), I, 4, Le VicomteCyrano de Bergerac (1897), II, 3, CyranoCyrano de Bergerac (1897), II, 7, CyranoCyrano de Bergerac (1897), II, 8, CyranoCyrano de Bergerac (1897), III, 2, RoxaneCyrano de Bergerac (1897), III, 6, ChristianCyrano de Bergerac (1897), III, 6, CyranoCyrano de Bergerac (1897), III, 7, CyranoCyrano de Bergerac (1897), III, 9, CyranoCyrano de Bergerac (1897), IV, 10, CyranoCyrano de Bergerac (1897), V, 2, Le Duc