Œuvre
Cyrano de Bergerac (1897), I, 4, Cyrano
Je jette avec grâce mon feutre, - Je fais lentement l'abandon - Du grand manteau qui me calfeutre, - Et je tire mon espadon; - Elégant comme Céladon, - Agile comme Scaramouche, - Je vous préviens, cher Mirmydon, - Qu'à la fin de l'envoi je touche!
Je fais, en traversant les groupes et les ronds, - Sonner les vérités comme des éperons.
Belles personnes, - Rayonnez, fleurissez, soyez des échansonnes - De rêve, d'un sourire enchantez un trépas, - Inspirez-nous des vers... mais ne les jugez pas!
Voilà ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit - Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit - Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres, - Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres - Vous n'avez que les trois qui forment le mot: sot!
Attendu qu'un grand nez est proprement l'indice - D'un homme affable, bon, courtois, spirituel, - libéral, courageux, tel que je suis, et tel - Qu'il vous est interdit à jamais de vous croire, - Déplorable maraud!
Moi, Monsieur, si j'avais un tel nez, - Il faudrait sur le champ que je me l'amputasse !
Mais il doit tremper dans votre tasse: - Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap!
Vil camus, sot camard, tête plate, apprenez - Que je m'enorgueillis d'un pareil appendice, - Attendu qu'un grand nez est proprement l'indice - D'un homme affable, bon, courtois, spirituel ...
Je ne m'attife pas ainsi qu'un freluquet, mais je suis plus soigné si je suis moins coquet; ...
Moi, c'est moralement que j'ai mes élégances.
C'est un roc ! ... c'est un pic ! ... c'est un cap ! - \r\nQue dis-je, c’est un cap ? … C'est une péninsule !
Oui, monsieur, poète! et tellement, - Qu'en ferraillant je vais - hop! - à l'improvisade - Vous composer une ballade.
Il me manque une rime en eutre... - Vous rompez, plus blanc qu'amidon? - C'est pour me fournir le mot pleutre!
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! - \r\nOn pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… - \r\nEn variant le ton, – par exemple, tenez : - \r\nAgressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, - \r\nIl faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » - \r\nAmical : « Mais il doit tremper dans votre tasse - \r\nPour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » - \r\nDescriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! - \r\nQue dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » - \r\nCurieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ? - \r\nD’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » - \r\nGracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux - \r\nQue paternellement vous vous préoccupâtes - \r\nDe tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » - \r\nTruculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez - \r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! » - \r\nEmphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.
Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez\r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! »
Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n
– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! - \r\nOn pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… - \r\nEn variant le ton, – par exemple, tenez : - \r\nAgressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, - \r\nIl faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » - \r\nAmical : « Mais il doit tremper dans votre tasse - \r\nPour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » - \r\nDescriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! - \r\nQue dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » - \r\nCurieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ? - \r\nD’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » - \r\nGracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux - \r\nQue paternellement vous vous préoccupâtes - \r\nDe tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » - \r\nTruculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, - \r\nLa vapeur du tabac vous sort-elle du nez - \r\nSans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » - \r\nPrévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée - \r\nPar ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » - \r\nTendre : « Faites-lui faire un petit parasol - \r\nDe peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » - \r\nPédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane - \r\nAppelle Hippocampéléphantocamélos - \r\nDut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » - \r\nCavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? - \r\nPour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! » - \r\nEmphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, - \r\nT’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » - \r\nDramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » - \r\nAdmiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » - \r\nLyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » - \r\nNaïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » - \r\nRespectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, - \r\nC’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » - \r\nCampagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! - \r\nC’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » - \r\nMilitaire : « Pointez contre cavalerie ! » - \r\nPratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? - \r\nAssurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » - \r\nEnfin parodiant Pyrame en un sanglot : - \r\n« Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître - \r\nA détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » - \r\n– Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit - \r\nSi vous aviez un peu de lettres et d’esprit - \r\nMais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, - \r\nVous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres - \r\nVous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! - \r\nEussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut - \r\nPour pouvoir là, devant ces nobles galeries, - \r\nme servir toutes ces folles plaisanteries, - \r\nQue vous n’en eussiez pas articulé le quart - \r\nDe la moitié du commencement d’une, car - \r\nJe me les sers moi-même, avec assez de verve, - \r\nMais je ne permets pas qu’un autre me les serve.