Œuvre

Chantecler (1910)

Je t'adore, Soleil! Tu mets dans l'air des roses, - Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson! - Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses! - O Soleil! toi sans qui les choses - Ne seraient que ce qu'elles sont!
L'oeuf a l'air d'être en marbre avant d'être cassé!
Ces deux fléaux, qui sont les plus tristes du monde: - Le mot qui veut toujours être le mot d'esprit, - Le cri qui veut toujours être le dernier cri!
Quand on sait regarder et souffrir, on sait tout. - Dans une mort d'insecte on voit tous les désastres. - Un rond d'azur suffit pour voir passer les astres...
Ah! la nuit fait sortir ce qu'on cache à soi-même!
Ne pas prendre parti, c'est le prendre pour nous.
Ah! quel oiseux oiseau!
On n'est jamais assez cocasse quand on l'est!
Il n'est de grand amour qu'à l'ombre d'un grand rêve.
Tout ce qui trop longtemps reste dans l'ombre et dort - S'habitue au Mensonge et consent à la Mort!
Sache donc cette triste et rassurante chose - Que nul, Coq du matin ou Rossignol du soir, - N'a tout à fait le chant qu'il rêverait d'avoir!
Les Nécrophores noirs sont les seuls fossoyeurs - Qui savent ne jamais vous emporter ailleurs, - Pensant que la moins triste et plus pieuse tombe - C'est la terre qui s'ouvre à la place où l'on tombe!
Rien ne sait regarder pleurer comme un vieux chien!
Je t'adore! Soleil! ô toi dont la lumière, - Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel, - Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière, - Se divise et demeure entière - Ainsi que l'amour maternel!
Les haines de races ne sont jamais au fond, que des haines de places.
Je chante pour mon vallon en souhaitant que dans chaque vallon un coq en fasse autant.