Elle n'avait gardé que ses bijoux sonores, - Dont le riche attirail lui donnait l'air vainqueur - Qu'ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.
Auteur
Charles Baudelaire
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Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées, - Où gît tout un fouillis de modes surannées, - Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher, - Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
O toison, moutonnant jusque sur l'encolure! - O boucles! O parfum chargé de nonchaloir! - Extase! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure - Des souvenirs dormant dans cette chevelure, - Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir!
Au détour d'un sentier une charogne infâme - Sur un lit semé de cailloux, - Les jambes en l'air, comme une femme lubrique, - Brûlante et suant les poisons, - Ouvrait d'une façon nonchalante et cynique - Son ventre plein d'exhalaisons.
Les amoureux fervents et les savants austères - Aiment également, dans leur mûre saison, - Les chats puissants et doux, orgueils de la maison, - Qui comme eux sont frileux, et comme eux sédentaires.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle.
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir; - Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.
Il me semble, bercé par ce choc monotone, - Qu'on cloue en grande hâte un cercueil quelque part...
Un de ces concerts, riches de cuivre, - Dont les soldats parfois inondent nos jardins, - Et qui, dans ces soirs d'or où l'on se sent revivre, - Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.
Les soleils couchants - Revêtent les champs, - Les canaux, la ville entière, - D'hyacinthe et d'or.
La diane chantait dans les cours des casernes, - Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.
Mainte fleur épanche à regret - Son parfum doux comme un secret - Dans les solitudes profondes.
L'air est plein du frisson des choses qui s'enfuient.
Inutile de s'étonner si les nations n'ont de grands hommes que malgré elles, puisque seuls connaissent la gloire ceux qui savent adapter leur esprit avec la sottise nationale.
Les Chinois voient l'heure dans l'oeil des chats.
Tout l'hiver va rentrer dans mon être: colère, - Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, - Et, comme le soleil dans son enfer polaire, - Mon coeur ne sera plus qu'un bloc rouge et glacé.
Courons vers l'horizon, il est tard, courons vite, - Pour attraper au moins un oblique rayon.
Une île paresseuse où la nature donne - Des arbres singuliers et des fruits savoureux; - Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, - Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicité, tortures, crimes de princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.
Je connais un poète, d'une nature toujours orageuse et vibrante, qu'un vers de Malherbe, symétrique et carré de mélodie, jette dans de longues extases.
Laissez, laissez mon coeur s'enivrer d'un mensonge, - Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe, - Et sommeiller longtemps à l'ombre de vos cils.
La mer, la vaste mer, console nos labeurs! - Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse - Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs, - De cette fonction sublime de berceuse? - La mer, la vaste mer, console nos labeurs!
Des meubles luisants, - Polis par les ans, - Décoreraient notre chambre.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, - Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan, - La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Le navire roulait sous un ciel sans nuages, - Comme un ange enivré de soleil radieux.
Œuvres de Charles Baudelaire
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